20e salon du livre

du 12 au 15 novembre 2020 - Tahiti

Au pied du Banian

Des invités du monde entier à la rencontre du public polynésien.

Dès sa première édition, les organisateurs du salon avaient montré leur ambition pour le public de Tahiti avec un invité pour ce premier Salon : Alan Duff, l’auteur de l’âme des guerriers.

Créer des liens avec les cousins et amis du Pacifique, la démarche initiale s’est très vite ouverte à l’ensemble des cinq continents, permettant ainsi à la littérature du monde entier d’être présente pour le public à Tahiti et aussi à la littérature polynésienne de se confronter à la littérature « d’ailleurs ».

En 20 ans ce sont plus de 130 invités des cinq continents qui ont animé les rencontres, dédicaces et discussions, ateliers et rencontres avec les scolaires. Nombreux s’associent pour cette 20ème édition en nous adressant un post au pied du banian. Qu’ils soient tous, au nom de l’organisation et du public polynésien, remercié pour les moments partagés ensemble. Tous s’accordent à reconnaître cette ambiance particulière qui imprègne le Salon, faite de proximité, de sincérité et de simplicité des rapports entre le public et les invités. Tous nous disent que leurs couronnes de coquillages ont gardé le parfum des tiare de leur accueil… En retour nous leur disons que le Salon c’est aussi eux. Merci à eux tous et toutes de faire partie de l’Aventure Lire en Polynésie.

 Voici les témoignages et messages de certains de nos invités qui ont souhaité être présents à leur manière pour fêter ensemble les 20 ans du Salon du livre dans ce le livre d’or « au pied du banian »

Andrea HIRATA, Indonesian Author

My name is Andrea Hirata, I am an Indonesian and the author of Les Guerriers de L’arc-en-ciel, published by Mercure de France.

I am deeply honoured to be invited to Salon Du Livre Lire En Polynésie, 2015, for the fact that I am the first Indonesian author ever invited to the festival.

From the first day of the festival I’ve felt a very unique nuance of a book event under the banyan tree. Any cultural and humanity issues talked and discussed seem to be closely connected to the surroundings. It’s down to earth approach resonances  into the whole island, which i feel so far away from any other places yet so close to anything important that is happening in the world. Authors and literary works selected are also relevant  with current issues and I believe have enhanced the quality of the event over the years.

I feel so lucky that once had opportunity to get involved in Salon Du Livre, Tahiti, having so many good friends there, learning so much from other fellow authors, from the wonderful organizers, and from the very beautiful islands. Two weeks in Salon Du Livre, Tahiti has given me so much as an author.

Thank you very much, mercy beacoup.

Jakarta, 11 September 2020.

Dominique BERTON, Illustratrice

En tant qu’illustratrice c’est avec plaisir que je vais partager avec vous des petits bouts de mes créations  réalisées à la suite de mon voyage en Polynésie pour le 18ème salon du Livre de Tahiti.

Dans mes petits carnets plein de souvenirs d’un séjour inoubliable ponctué de rencontres scolaires et culturelles qui me laissent encore rêveuse.

Je vous souhaite un joyeux 20e salon !

Estelle Castro-Koshy

Je garde de merveilleux souvenirs de ma participation au Salon du livre de Papeete où je fus invitée pour la parution d’Un homme de sagesse – Paroles de Banjo Clarke, Aborigène australien, à Camilla Chance. En particulier, de l’accueil chaleureux et généreux de toute l’équipe d’Au vent des îles et du Salon, Christian, Lucile, an’so, Priscillia et Natacha et des éditeurs ; du riche programme habilement orchestré ; des échanges avec les auteurs, éditeurs, lecteurs-spectateurs, avec Marie-Noëlle Frémy sur Un homme de sagesse, avec Jean Anderson, Yan Peirsegaele et Mireille Vignol, pour la traduction du poème-performance de Peter Sipeli ;  du magnifique Pinainai plein d’humour et d’émotions ; et, bien sûr, de la mise à l’honneur si importante et nécessaire des auteurs et acteurs culturels autochtones de Polynésie et d’Océanie, en particulier avec l’intervention de Flora Aurima Devatine, Titaua Peu, Ariirau Richard, Chantal T. Spitz. Je souhaite une très longue vie au Salon du livre de Tahiti !

Frédéric OHLEN

ENTRE LES MAINS D’ISIS… 

Sollicité récemment à l’occasion du 20e anniversaire du Salon du livre organisé par l’AETI, j’ai envie d’aller aujourd’hui bien au-delà des chaleureux remerciements qui s’imposent ou de la simple recension des souvenirs… Les écrivains ont, à ce titre, une juste façon de tricher : ils feuillettent, par défaut, leurs propres livres et relèvent, en bons sauniers de la mémoire, la mince pellicule de sel qui les empêche, même après tout ce temps, de trouver l’existence par trop insipide.

Bref, chers/chères collègues, les années ont passé, mais je n’oublie rien. Je garde au cœur tou(te)s les ami(e)s laissé(e)s là-bas, tous ceux et toutes celles que j’ai « de si près tenus », puis retrouvés parfois sur les chemins du monde ou à la porte de Versailles.

 Je veux ici nommer… : Christian et sa fine équipe de « couteaux suisses », et puis, dans un joyeux désordre, au rythme de leurs paroles et de leurs flots pas si pacifiques : Chantal (qui m’accueillit jadis dans son île et m’étreignit, à l’improviste, au bord de la route, en se moquant de cette hôtelière butée qui m’avait pris à l’époque pour… le Consul de France !), Flora (mon académicienne, conférencière à la houlette, infatigable ambassadrice des Lettres océaniennes), Titaua (interviewée naguère, au débotté, par mézigue à Poindimié, sur les grandes ondes calédoniennes), Sia, l’inénarrable (visitant avec moi un lieu chaud de Paris, ou achetant sur le Caillou, pour son home sweet home, des rideaux en paréo d’un bleu électrique), ou encore… Anita, Nathalie, Sylvie, Terri (la seule à saisir au bond mon anglais, sur les quais déserts de Rochefort-sur-Mer, et à prétendre même – où vont donc se nicher le respect et la fraternité ? – qu’il est… bon !), Célestine (et son célèbre pain végétal), sans oublier Marie-Claude (et ses piquantes anecdotes assez olé-olé), ou encore Michèle (et sa curiosité partageuse jamais en défaut), Thanh-Van (et son inépuisable appétit de la Vie), Mireille (et notre goût commun pour la poésie australo-polonaise), sans parler de Guy Wallart, le valeureux géant qui É.M.A. tant Rurutu qu’il en prolongea pour les enfants le rêve, et enfin… – comment le zapper aussi, y échapper ? – de Jean-Noël Chrisment, mon pote, poète lui aussi à la NRF, et de… tant et tant d’autres…

Une très longue liste dont sur moi, je l’avoue, les tatouages admirables ne s’effacent pas. Rien que de penser à eux – enfin, surtout à elles – mon pied se fait soudain plus léger, mon sang plus fluide… Puissiez-vous, ô mes Sœurs par l’Esprit, imprégner et inspirer pour longtemps nos terres d’écume et de vent. Vous pardonnerez, j’espère, à mon sang irlandais de chercher ainsi à vous bénir en masse en dépit de vos (gros) mots et de vos fiertés pas très catholiques !

Revenons maintenant, si vous le voulez bien, à nos moutons, ceux que le souffle d’Éole vole aux vagues, à l’Oubli – des laisses de mer qu’il dépose ensuite, toutes vibrantes sur nos pages en guise d’estran. Je me rappelle…

L’amitié en colliers d’effluves
Le corps serré
Dès la porte passée
Le corps cru
Jeté au large

[…] Tes racines en pluie
De colères, Chantal
Aussi ton rire

[…] Le banian s’ébouriffe en colonnes
Le sable cligne des paupières
Feu entre les feuilles
Entre les corps
L’air s’ouvre
Explose en grains

Et c’est une semence ailée
Un cœur duveteux pour chacun[1]

Ou à midi, du côté de Raïatea…

À midi
La mer prit sept couleurs
Indigo magenta mauve céladon
Et d’autres
Dont rien ne sait le nom

L’esprit
Soudain avide
D’un sommeil qui ne vient pas

La gorge se serre
L’œil s’étrécit
L’air vibre

En toi
Sur toi
Le vent

Ses poings
De kapok
Brûlent

Une vague au loin
Qui roule
Mur
Qui s’érige
Pour masquer le passage

Nulle fin jamais
Mais cette même
Vague
Sur une infinité de cycles
Celle qui ne s’arrête

Et qui vivra
Ici obstinément
Son bégaiement

Ainsi nos paroles
Galop qui s’ouvre
S’ourle

Et nous revient sans cesse
Sève qui se fracasse
Rue

Recommence
Pour
Accéder à la Transparence
Du flot

Et savoir
Entre le large et la grève
Naître
Eau mouvante
À ce moment[2]

Frédéric Ohlen

[1] Les Mains d’Isis, Éditions Gallimard, collection Continents noirs, 2016.
[2] Ibid.

Hélène Kérillis

A l’autre bout du monde, dans un autre hémisphère, à l’autre bout de ma mémoire : Tahiti. Après un grand bond au-dessus de l’océan couleur du ciel, moana ! moana ! me voici de retour sur l’île où j’ai vécu quelques années et donné naissance à mon premier enfant, à Mamao, il y a près de 40 ans.  Cette fois j’y viens pour accompagner une autre naissance, celle d’un enfant de papier, Vert/Green, un livre pour enfants consacré à la couleur verte, en l’honneur du thème choisi pour le 17ème salon Lire en Polynésie.

 J’ai rencontré des dizaines d’enfants attachants, des adultes passionnés, des organisateurs dynamiques et engagés. Sous le banian, les mots et les images ont tissé entre les êtres des liens surprenants et riches, qui rendent perceptible le chatoiement du monde. J’ai même retrouvé Vaea, la jeune fille si souriante et douce qui venait jouer avec mon petit bébé, une fleur de tiare aute à l’oreille. Et puis lors du salon, j’ai marché  un jour au bord de la route, la pluie est tombée raide comme une douche, un jeune couple en auto a aperçu ma silhouette dégoulinante, a fait demi-tour pour venir embarquer l’inconnue que j’étais et me ramener à l’abri.

Où ailleurs rencontre-t-on cette bienveillance, ces sourires, cette aisance naturelle dans les contacts humains ? Passé et présent se sont mêlés dans un air parfumé, saturé de couleurs et de sons.

Eblouie.

www.leonartstories.com

Ingrid ASTIER

Polynésie, mon amour

Durant 34 ans, j’ai rêvé de la Polynésie. Petite, quand je rentrais de longues séances de lecture perchée dans un merisier, je faisais tourner, le soir, un globe lumineux pour me bercer les yeux. Un rituel avant de m’endormir. Un jeu avec mon frère où nous posions notre doigt, à l’aveugle, pour que le hasard désigne le lieu où nous irions, plus tard.

Je me souviens l’avoir glissé sur ce vaste océan où la terre, noyée de bleu, se fait confettis. Cet océan portait le nom le plus noble du monde : Pacifique.

En 2010, grâce à Lire en Polynésie, j’ai marché sur la Lune. Ma Lune à moi. Le lointain qui me donnait envie d’être oiseau pour traverser les airs, d’être poisson pour sillonner les mers. Les 384 400 km de la distance lunaire se muèrent en 15 706 km entre Paris et Tahiti. Toute ma vie, je me souviendrai de ce premier pas sur le sol du fenua.

Celui d’un plus tard qui, par chance, ne vint pas trop tard.

Les rêves sont redoutables : se frotter à la réalité les effraie. Souvent, ils s’y consument — à jamais. Rien de pire que la cendre d’un rêve.

En Polynésie, le mien n’a cessé de grandir.

Ce n’est pas le paradis promis des paysages qui fit de ce rêve un absolu. La beauté n’est pas un musée.

Mais les gens.

Le trésor caché de chaque âme rencontrée. D’une beauté qui rivalise avec la palette de bleus qui m’écarquillait les yeux. D’une force digne de la vague de Teahupo’o.

Ces êtres m’ont fait voyager bien plus loin qu’un atoll, bien plus profondément qu’un lagon.

Ce voyage intérieur, je le dois à Christian Robert et à toute l’équipe de Lire en Polynésie.

Aux auteurs rencontrés, de Chantal Spitz à Titaua Peu (il faudrait tous les citer, ma mémoire le fait), sans oublier Flora Devatine, au visage si proche de celui de ma grand-mère…

Aux Polynésiens qui ont nourri mon roman, La Vague, de Teahupo’o à Ahe. À Peva Levy qui m’a ouvert sa vallée du Fenua Aihere comme on ouvre son cœur.

Et bien sûr au banian du paepae, aux lianes droites comme des dagues.

Il est le gardien des rêves.

Son ombre sacrée reste ma lumière.                                                                           

Janet SKESLIEN CHARLES

J’ai adoré notre rencontre avec vous, toute l’équipe du Salon, et les autres écrivains à Tahiti. Votre invitation est venue à un moment dur dans ma vie d’écrivain. (Des réjections, qui font partie de la vie, mais néanmoins peuvent être difficiles à avaler. 🙂 Votre invitation et la rencontre à Tahiti m’ont donné la force de continuer.

Mon deuxième roman vient de sortir, Un soif de livres et de liberté. Il parle des passionnés des livres et de la communauté des rats de bibliothèques et librairies. C’est cette passion que j’ai trouvé à Tahiti. Je resterai reconnaissante toute ma vie envers votre équipe du Salon du Livre à Tahiti.

Markus MALTE

C’était en 2017. Mon premier long (très long) voyage en avion. J’en retiens une escale à l’aéroport de Los Angeles où je croise mon ami Marin Ledun qui s’en revenait justement de Papeete. Combien d’hommes sur cette terre peuvent se targuer d’avoir fait la bise à Marin Ledun à Los Angeles ?

J’en retiens notre arrivée à Tahiti et l’accueil quasi hollywoodien avec les vahinés et les colliers de fleurs de tiaré. J’ai cru que j’avais été choisi pour époux par l’une de ces jeunes femmes, mais non, c’était la tradition, le bonjour local, la bienvenue, je n’étais pas l’unique heureux élu – tous les arrivants sont d’heureux élus à Tahiti.

J’en retiens le gecko accroché au plafond de la chambre d’hôtel, qui lui aussi était venu nous saluer, et que j’ai mis deux heures à faire déguerpir.

J’en retiens le coucher de soleil sur le Pacifique.

J’en retiens le décalage horaire et le réveil à 6 heures dès le lendemain matin pour aller rencontrer des classes de lycéens. J’en retiens la gentillesse, la simplicité, la générosité de tous ces élèves et de leurs enseignants, chez qui l’on sentait une joie véritable à me faire partager leur culture, leur cuisine, leurs chants, leurs danses, leurs lectures.

J’en retiens les petits déj devant l’océan, le bleu du ciel, le bleu de la piscine, le bleu du lagon, le vert de la végétation (putain, à mes yeux c’était carrément la jungle !) les couleurs et les odeurs, les odeurs, les odeurs, le puissant parfum.

J’en retiens le fameux banian, bien sûr. Saule pleureur version Tarzan.

J’en retiens les gens. Leurs sourires. Leur spontanéité. Leur sincérité. L’affabilité de toute l’équipe des organisateurs, toujours à l’écoute, toujours prêts à se plier en quatre pour que notre séjour soit encore meilleur.

Je me disais qu’il y a des jours où écrivain est un beau métier.

C’était bien. C’était vachement bien. J’en reprendrais bien pour vingt ans de plus !

Mireille VIGNOL

Poème de Peter Sipeli

What happens to shooting stars that go unwished?

Do they become the opposite of wishes?

Do they become curses?

Do they liquefy as the star languishes, nearing its fiery end?

Falling like black rain on our naked heads

Leaking into our chest, stone heavy it hangs in our hearts

 

Qu’advient-il des étoiles qui filent sans un vœu ?

Deviennent-elles l’opposé du vœu ?

Deviennent-elles une malédiction ?

Se liquéfient-elles en s’étiolant, dévorées par les flammes ?

Pour pleuvoir en gouttes noires sur nos têtes nues et

Suinter dans nos poitrines, lourdes comme la pierre au fond de nos cœurs.

 (Traduction Mireille Vignol)

 

Morgane

” Les scolaires sont venus nombreux aujourd’hui. Mes coups de coeur de la journée : le duo de JP Nishi et de Karyn Poupée “l’amour dans les mangas” . Ce qui a retenu mon attention, c’est que l’engouement pour les héros de manga est tel que les fans peuvent éprouver un véritable sentiment amoureux envers un personnage de manga “l’amour à plat” comme dit Karyn. Le duo est particulièrement attachant dans la mesure où ils ont livré un petit peu de leur intimité en tant que couple mixte lors de la 2nde rencontre sur “l’amour à la japonaise” à 17h. On apprend chez les japonais que pudeur rime avec maturité. En d’autres termes, comme l’a interprété Karyn “Un français est un enfant” chez les japonais. Et d’ajouter que ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas démonstratifs qu’ils ne s’aiment pas, au contraire, ça exacerbe le sentiment amoureux. 2nd coup de coeur : le duo Lionel Duroy et Jill Dawson. Les deux auteurs écrivent la vie des autres mais pas n’importe comment : “en suivant la musique intérieure du biographié”. C’était génial, d’ailleurs je me demande si c’est pas Lionel Duroy qui a fait le plus de vente depuis hier. Un projet de livre à deux mains a été évoqué. Lionel Duroy est l’auteur de la biographie de Farah Pahlavi, épouse du shah d’Iran, de la biographie de Sylvie Vartan, de celle de l’épouse de Marlon Brando … 3ème coup de coeur : bien sur Frédéric Olhen avec Quintet. Je me le suis offert et dédicacé svp ! 4ème coup de coeur, la visite de la bibliothèque de l’IUFM (SP) et de la bibliothèque Universitaire. Voilà, journée bien remplie de belles découvertes, de personnes bien sympas, professionnelles, tout ça dans une ambiance détendue. Fin de la journée aux alentours de 20h30. Maruru… ” 

Pascal DESSAINT

Patricia GRACE

I have so many wonderful memories of the Tahiti Book Fairs which I attended on several occasions, most recently in 2018. I have memories of all those associated with it, and of the magnificent Banyan tree under whose protection the Fair took place. How many stories it must hold within its branches and at its heart.

I am most grateful to Christian Robert and Au Vent des Isles for having taken my books for translation so wholeheartedly over the years. It means a great deal to me to have my books made available (via translator, Jean Anderson) to Oceania – the beautiful Pacific region.

There is a story to share that occurred during my time there in 2018 which illustrates our connectedness across this ‘watery continent’ where we all belong.

A young woman, a member of the public, approached me. She had read my novel “Chappy” and passed it on to her grandmother to read. She asked me a question to do with the writing of the book, wanting to know why had I written it. Her English was limited. My French was non-existent. After a struggle to understand each other we sought the help of Flora Devatine, and then of Yan Peisegaele who was the official (and amazing) translator for the festival.

What the young woman wanted to tell me was that her grandmother had read “Chappy” and that it made her cry. When the granddaughter asked her grandmother why she was crying, the grandmother replied, about the book, “this is my life”.

I am not quite sure what it was, about the book, that made her say that, or what she meant. I only know that it was the most deeply felt endorsement of my work, on my part, that I have ever received. This will never be forgotten.

It was a great joy to me, on one occasion to have my late husband Waiariki accompany me, and on another a daughter and a son.

Warmest greetings to many friends. Happy memories of the book fair, the hospitality, the friendships, the sights, sounds, smells and warmth of Tahiti, but above all, of the people.

Rau Rangatira ma tena koutou, nga mihi nui, nga mihi aroha ki a koutou katoa. 

Patrick DEVILLE

Magnifique souvenir de ce bref séjour fin 2012, de l’accueil chaleureux de Christian Robert et de la petite bande du salon. Cette année-là “Peste & Choléra” avait obtenu les prix Fnac et Femina et j’étais heureux de quitter Paris, le 14 décembre j’avais appris aux Tuamotu sur l’atoll d’Ahé que le roman recevait aussi le Prix des Prix, surtout, j’avais découvert ce dont je doutais un peu depuis l’enfance : que Tahiti existe vraiment.

Après avoir en quelques jours appris déjà beaucoup d’histoires et l’envie d’enquêter, d’en savoir plus, j’avais commencé à tout lire dès mon retour. Je savais qu’après ce livre vietnamien je devais écrire le mexicain, puis le français et l’amazonien, avant que ce projet “Abracadabra” me ramène dans les îles.

Ce n’est que l’hiver dernier que j’ai pu y revenir quelques mois, vadrouiller dans les archipels, depuis Rapu Nui et les Marquises à Tahiti puis Bora Bora, et le livre polynésien paraîtra l’an prochain. Et alors je reverrai Papeete.

Patrick Deville   

 

Peter BAKOWSKI

La saison du courage.

Les jours. Vous cherchez à les ranger dans l’agenda, mais ils refusent

d’être assemblés, apprivoisés. Ils sont faits pour contrer, voire surpasser

tous les coups sur l’échiquier, votre capacité à échapper aux angles morts.

 

La curiosité, l’action et le rire sont contagieux à l’instar de leurs

contraires. À certains moments cruciaux, il faut tenter le diable

pour comprendre le paysage, voir les contours des mauvaises pistes.

Risquez le funambulisme plutôt que la balade peinarde. Privilégiez

l’attitude au détriment de l’altitude.

Dépassez les données, les hésitations, les photos d’explorateurs

morts. Le présent exige concentration, empreinte et pas décisifs.

 

Un peu d’introspection, a prescrit le docteur de la morale.

Les excuses sont des béquilles. Laissez-les tomber.

On cherche un équilibre, mais quid des séismes, dérapages et crises.

Les solutions apparaissent aux esprits ouverts et alertes, stimulés plutôt que

consternés par les obstacles. Il n’existe sans doute à cette heure

personne qui n’ait plus besoin d’être surpris que vous-mêmes.

 

Le poème La saison du courage de Peter Bakowski a été publié dans l’anthologie « Courage ! » aux Editions Bruno Doucey, printemps 2020. Traduction Mireille Vignol.

 

 

Pierre Cornuel

Roland ROSSERO

PLAGE BLANCHE

 1810 – Sud de la Grande Terre

L’épave de la goélette gît sur son flanc bâbord. Cela fait plus d’un mois que la tempête l’a précipitée sur le récif. Et depuis, sur cette épave en équilibre précaire, trois autres, humaines celles-ci, tentent de survivre. C’est tout ce qu’il reste de l’équipage des douze marins du départ et de leur capitaine. Ces trois-là font plutôt partie de la grande confrérie des beachcombers, les écumeurs de plage. Une mauvaise troupe souvent constituée de parias, de déserteurs ou de mutins traînant dans les ports du Pacifique Sud.

 

Ils ont épuisé tous leurs vivres, n’ont plus d’eau douce à boire. Il leur faut tenter une sortie, hors de ce pont de plus en plus incliné. Leur espace vital est trop ténu et le soleil implacable depuis quelques jours. Un des trois rescapés passe ses journées à somnoler, voire à délirer sous ce qu’il reste d’une voile d’étai. Blessé grièvement par un espar lors du naufrage, son corps est une gigantesque plaie infectée. Brûlé de fièvre, ses heures sont comptées. La nuit venue, les deux autres, plus coriaces, grelottent, moins fort que l’agonisant bien sûr, sous des lambeaux de voiles jadis carrées. Les râles du malheureux ont cessé brutalement ce matin et son corps a été immergé sans ménagement ni prière.

 

Avant de tenter leur saut vers l’inconnu sur un radeau de fortune constitué par des planches arrachées du pont, le plus débrouillard du duo restant, celui qui mène les opérations, s’est muni d’une gaffe espérant, avec, accrocher quelques fruits en hauteur et, éventuellement, se défendre. Sans raison, il a également emporté le livre de bord, miraculeusement préservé, du capitaine disparu. Un semblant de civilisation pour les accompagner dans ces terres hostiles… Il pense aussi aux histoires de cannibales racontées qui fourmillent dans les ports. Il frémit intérieurement avant de rallier avec son acolyte la plage attirante de douceur et le ballet des palmes de cocotiers semblant les inviter.

 

Les deux naufragés ont tiré péniblement le frêle esquif sur la plage. Ils ont goûté le plaisir d’enfoncer leurs pieds dans le sable clair et chaud. Cela faisait si longtemps. Et sont entrés dans une forêt dense qui recouvre toute cette terre dont la longueur paraît immense.

 

Allongée sur une branche élevée d’un banian rouge proche de la plage, masquée dans l’entrelacs des racines aériennes, une silhouette immobile a observé le manège du radeau et de ses deux locataires. Ces derniers mois, des pirogues très grandes avaient été évoquées au cours de palabres. Des tribus avaient aperçu des pêcheurs à la peau blanche qui traquaient les gros poissons, crachant par le haut de la tête. Certains guerriers dépêchés les avaient accueillis, d’autres les avaient impitoyablement combattus. On ne savait quelle attitude adopter avec eux. Sur son banian, l’indigène a épié pendant plusieurs jours la goélette échouée. C’était sa mission, en tant que chef, il devait appréhender la situation. Ce matin, tout s’est animé avec le radeau et ses deux occupants. Le chef Canaque a attentivement suivi du regard ces deux-là. Comme il s’en doutait, tout s’est passé très vite. Il a vu le premier engloutir des fruits à la forme trompeuse et empoisonnés avant de se tordre au sol puis de ne plus bouger. Le second exténué et découragé par la perte de son compagnon s’est endormi trop longtemps sous un arbre à l’ombre qui tue. Ce dernier, le souffle court et le visage gonflé, vient de disparaître dans la mer. Le chef prévoit qu’avec d’autres guerriers ils iront voir demain ce qu’il reste sur la grosse pirogue.

 

Le guetteur revient sur ses pas, récupère la gaffe. Il passe un doigt hésitant sur le crochet de métal. Cette sagaie recourbée, faite d’une matière inconnue, le fascine. Il y a aussi cet objet bizarre qu’il n’ose toucher au début bien qu’il ne paraisse pas dangereux. Il s’enhardit et le prend délicatement en mains. Une risée soudaine l’ouvre et s’engouffre dans les pages du livre de bord. Le bruissement du papier agité – encore un matériau inconnu – l’attire. Ses doigts glissent sur les pages soulevées, remplis de minuscules et mystérieux dessins. Il ferme les yeux et imagine des feuilles de fougères sèches frottées, lors des danses. Avec son maigre butin, le chef retourne vers le banian et s’assoit entre ses racines. Il doit prendre le temps, il a la prémonition d’un phénomène magique. Il pose la gaffe à ses pieds et la délaisse – les armes, il comprend – au profit de l’objet si étonnant. Il observe les curieux signes tracés. Décontenancé, il reste plus d’une heure à manipuler l’objet dans tous les sens, puis reprend la direction de la tribu. Il ne sait pas qu’il vient d’être le vecteur d’un contact fortuit, non prévu par les deux naufragés. À partir d’une plage blanche, l’écriture peut commencer tranquillement sa diffusion. Sur cette terre vierge.

 

En silence.

Steeven LABEAU

Thanh-Van TRAN-NHUT

Je suis arrivée au pied du banian en 2017, sur le dos dun lézard géant, le Kawekaweau des légendes maories. Cette année-là, il y avait un Garçon blond et sa Princesse, un Tigre asiatique surgi de la jungle calédonienne et un camé-Léon aussi vert quune menthe à leau. Ensemble, nous avons navigué au son dune Carte vers les ancêtres et vogué sur les paroles dun Sage aborigène. Le Dire & LEcrire et le voir : un sorcier et deux magiciennes de la traduction ont fait des étincelles en plein midi. Un soir, à la lueur de flambeaux, deux gracieux cygnes blancs ont dansé sous le banian, écrivant dans la poussière léternelle tension entre Amour-Ire. Et nuit après nuit, les vagues du Pacifique venaient sabattre sur une grève de sable noir, puissantes comme des coups de canon et régulières comme des battements de cœur.

Merci à Christian, Lucile, Natacha, Priscilla, Bénédicte, Anso, Simone, et toute léquipe du Salon du livre, pour ce rêve polynésien.

Virginie CLAYSSEN

J’ai eu la très grande chance de faire partie des invités au salon “Lire en Polynésie“. J’ai rarement vécu semaine aussi dense, à mille lieues des cartes postales que je n’ai pas envoyées. Au fur et à mesure des rencontres, j’ai eu le sentiment que mon monde s’agrandissait, que le mot océan prenait un sens nouveau, que cet espace se dessinait progressivement sous mes yeux, que mon idée d’une île se modifiait, assise avec les autres participants sous le banyan qui abrite les rencontres “Lire en Polynésie”.

Ce salon du livre est organisé par l’Association des éditeurs de Tahiti et des îles (AETI). Porté plus particulièrement par un éditeur, Christian Robert qui dirige la maison Au Vent des îles, son thème cette année était la nature. J’étais, avec ma présentation sur les enjeux du numérique pour l’édition, l’invitée hors-sujet, venue cependant parce qu’il semblait impossible à Christian de ne pas évoquer les nouvelles technologies, compte tenu de ce qui se passe aujourd’hui dans l’édition, et dont les professionnels polynésiens ne peuvent se tenir à l’écart.

La veille de l’ouverture du salon, Christian nous a emmenés faire une promenade à Vaipahi. C’est en montant un chemin rendu glissant par les fortes pluies qui avaient bizarrement salué notre arrivée à Tahiti que j’ai commencé à faire connaissance avec les autres invités. Le seul que je connaissais déjà était Marc de Gouvenain, rencontré l’an dernier au salon du livre de Ljubljana, où il était venu parler de l’aventure de la série Millenium, dont il a été l’éditeur et le traducteur chez Actes Sud. Marc m’avait raconté comment, après avoir pendant des années découvert et traduit des auteurs scandinaves, il s’intéressait depuis quelques années à la littérature du Pacifique. Le saut me semblait un peu étrange, des brumes scandinaves aux rivages des tropiques, mais Marc, qui a publié récemment un roman au Vent des Iles,  fait partie de la belle famille des écrivains voyageurs. Durant cette promenade, Pascal Dessaint, qui a eu sa période noire et est aujourd’hui dans sa période verte, souvent, s’est immobilisé, observant et nommant un oiseau après l’autre. Marchez avec un passionné d’ornithologie, qui est aussi un écrivain, et la forêt se peuple de nouvelles présences. Christian, lui, nous indique les noms des arbres et des plantes. Soudain, le chemin s’aplanit, voici une clairière, et le spectacle est si beau que l’on se dit que l’on pourrait s’assoir et rester à le regarder pendant des heures.

Pete Fromm, un auteur américain, ferait cela parfaitement.  Cela a été une autre des grandes joies de ce voyage : faire la connaissance de Pete, écrivain du Montana, un merveilleux raconteur d’histoires. Lisez vite Indian Creek, dont il nous a raconté la genèse pendant le salon. Rosa, sa femme, est aussi de la promenade, éblouie et tout aussi étonnée et ravie que nous tous de se retrouver là. Alain Beuve-Mery, du journal Le Monde a aussi fait le long voyage (22h d’avion), et pense déjà à son article. Enfin, fermant la marche, un astrophysicien, qui va illuminer notre semaine de plusieurs conférences passionnantes, Jean Audouze, quelqu’un qui vient confirmer ce que j’ai souvent remarqué : les gens qui atteignent le plus haut niveau dans un domaine sont bien souvent aussi les gens les plus accessibles, les plus généreux, les moins intimidants.

D’autres arrivent le lendemain, certains venus en “voisins”. Les Calédoniens : Christophe Augias, le directeur de la bibliothèque Bernheim à Nouméa, et Jean-Brice Peirano, qui dirige la Maison du Livre de Nouvelle Calédonie.  Paul d’Arcy, universitaire Néo-Zélandais, historien du Pacifique, enseignant à l’Australian National University. Enfin, Laurent Ballesta finit par se joindre à nous, je ne saurais dire d’où il arrive, cet homme ne cesse de parcourir la planète, de mission en mission, de préférence là où l’eau est profonde : biologiste, plongeur et photographe,  c’est le fond des océans qu’il explore.

Ces invités, ainsi que de nombreux intervenants locaux, vont  se succéder chaque jour, à la maison de la culture de Papeete, de 9h du matin à 19h, sur le paepae, cette plateforme à l’ombre de deux gros arbres, banyan et manguier, où sont disposées des chaises pour les participants ainsi qu’un grand écran plat pour les présentations.

Tout autour du paepae, éditeurs et libraires tiennent leurs stands, reçoivent la visite de groupes scolaires, de familles, de visiteurs de tous âges.

Lorsqu’un intervenant commence une conférence, les rangs sont parfois encore clairsemés. Mais les haut-parleurs répercutent leur voix dans les allées, et très vite le public se rapproche et prend place. Aucun d’entre nous ne songe à faire salon buissonnier, pour s’embarquer sur le ferry qui n’est pas bien loin et pourrait nous emmener en trente minutes sur l’île de Moorea qui se dessine à l’horizon.

Sous le banyan, Marc de Gouvenain joue les modérateurs d’un dialogue entre Jean Audouze et Simone Grand, confrontant l’approche scientifique de Jean à la parfaite connaissance de Simone des mythes polynésiens. Pete Fromm, lui, nous fait entrer simultanément dans la peau de l’apprenti ranger qu’il devint, par hasard, et dans celle d’un jeune auteur qui naît à l’écriture, lorsqu’il décide de mettre en mots cette expérience solitaire vécue dans la montagne, lors du cours de creative writing auquel il s’était inscrit parce qu’il lui manquait deux crédits pour obtenir son diplôme. Laurent Ballesta nous rappelle, aidé d’une série de photos splendides, que c’est bien à tort que nous croyons qu’il n’existe plus de territoires à découvrir sur notre planète. C’est vrai des terres émergées, mais le monde sous marin demeure, lui, largement inexploré. Et tout comme l’amélioration constante des instruments de vision, nous a rappelé Jean Audouze, permet d’en savoir toujours plus sur l’univers, celle des équipements de plongée sous-marine autorise aujourd’hui des explorations et des prises de vue à des profondeurs autrefois inatteignables, et pour des durées qui se sont notablement allongées.

Romancier, Pascal Dessaint qui nous a lu quelques pages de son prochain livre, est aussi, nous l’avons vu,  ornithologue, et observateur passionné du monde naturel. De cette passion est né un film, l’esprit des plantes,  dont il a écrit le scénario, construit comme une enquête policière, et dont les protagonistes sont des gazelles et des acacias, et les enquêteurs des universitaires spécialistes de la neurobiologie des plantes…

Un autre film, te henua e nnoho , grand prix du FIFO (Festival International du Film Océanien), est projeté le dernier jour.  Le réchauffement climatique, la montée des eaux, pour les hommes, les femmes, les enfants qui vivent à Takuu, atoll de Papouasie – Nouvelle Guinée,  sont une réalité on ne peut plus concrète. Quelques vagues plus puissantes qu’à l’ordinaire, et voici que  l’eau est  dans leur maison, que leur école est inondée, leurs affaires détrempées, leurs plantations fichues. Ce peuple, oublié par son gouvernement, vit en autarcie  sur une île sans électricité, visitée de temps en temps par un bateau dont on ne sait jamais lorsqu’il va apparaître.

Le vendredi soir, le paepae accueille le spectacle Pina’ina’i – écho de l’esprit et des corps, un événement artistique original, rencontre d’auteurs, danseurs, musiciens, chorégraphes,  présenté par la revue Littéramā’ohi : retrouvez photos et vidéos sur la page facebook de la revue, animée notamment par l’écrivain Chantal T. Spitz, dont j’avais lu avant mon départ Hombo, aux éditions Te Ite.

C’est Jean Audouze qui va conclure le salon. Lors de sa première intervention à l’Université de Polynésie, son exposé portait sur la géographie de l’univers. Partant de l’infiniment petit, il nous a emmenés jusqu’aux plus lointaines planètes. Cette fois-ci, c’est l’histoire de l’univers qu’il nous raconte, depuis le fameux big-bang. Je me sentais déjà toute petite, toute petite à Papeete, si brusquement éloignée de mon quotidien, et me voilà plus petite encore, un point minuscule, et je me console en apprenant que je suis faite, tout comme vous, de poussière d’étoiles.