Les invité.e.s du salon
Présentation d'ouvrages, ateliers, rencontres et tables rondes, séances de dédicace, etc...

Tina Makereti : notre époque a « désespérément besoin de révolutions »

Tina Makereti, autrice de fiction et d’un recueil d’essais d’origine māorie et pākehā, enseigne également l’écriture créative à l’International Institute of Modern Letters de l’université Te Herenga Waka Victoria de Wellington. Elle est persuadée qu’il existe « d’autres façons d’exister au monde que celle que nous avons actuellement ».
Tina Makereti (Te Ātiawa, Ngāti Tūwharetoa, Ngāti Rangatahi-Matakore) écrit des romans, des nouvelles et des œuvres de non-fiction littéraire. Plusieurs de ses ouvrages ont déjà été récompensés. « Je ne sais plus comment être au monde sans écrire. Si je ne le fais pas, je deviens agitée. Le monde est un lieu déroutant, angoissant et profondément étonnant. L’écriture me permet d’exposer ces choses à la lumière et de les observer sous différents angles pour voir quels motifs elles dessinent », explique-t-elle.
Tina Makereti explique avoir toujours eu « une certaine aisance avec les mots », mais ce n’est qu’au milieu de la trentaine qu’elle s’est décidée à devenir écrivaine. Aujourd’hui, l’autrice anime un atelier d’écriture créative de niveau master à l’International Institute of Modern Letters de l’université Victoria de Wellington (Te Herenga Waka). « Mais je quitterai ce poste en 2027 pour me consacrer à l’écriture d’un nouveau recueil de nouvelles ainsi que de nouveaux essais. »

Nilima Rao : « Mes romans sont traversés par des révolutions »

Australienne d’origine indo-fidjienne, Nilima Rao s’intéresse au vécu des Indiens partis aux Fidji en tant que travailleurs sous contrat au début du XXᵉ siècle. Le premier tome de sa série romanesque vient d’être traduit en français ; le troisième est en cours de finalisation.
L’année dernière, Nilima Rao a passé un mois à Tahiti et un mois à Huahine dans le cadre d’une résidence d’écriture. Elle avait pour projet de faire avancer sa série de romans consacrée au sergent Akal Singh. « J’ai trouvé fascinants les parallèles et les contrastes entre les Fidji et la Polynésie française. Côté écriture, j’ai atteint mon objectif : terminer le deuxième jet de mon troisième roman ! », indique-t-elle.
Tous les romans de la série sont traversés par des « révolutions » : cultures, pays et individus y connaissent de rapides mutations et transformations, parfois à contrecœur, souvent dans la douleur. Soucieux de laisser les autochtones (les iTaukei) mener leur vie traditionnelle, les Britanniques ont fait venir en masse des Indiens pour fournir une main-d’œuvre bon marché à leurs plantations de canne à sucre.
« Les iTaukei ont fini par s’opposer à l’attitude paternaliste des Britanniques ainsi qu’à la perspective de perdre leur pays face à cet afflux d’une culture étrangère. Parallèlement, en Inde, l’indignation grandit face au traitement réservé aux Indiens dans le cadre du système d’engagisme. Ce tumulte politique et culturel offre le cadre idéal pour des révolutions, qu’elles soient de grande ou de petite envergure. »

Becky Manawatu : « La fiction est un outil puissant pour rester en lien avec l’humanité »

L’autrice maorie Becky Manawatu (iwi Ngāi Tahu) a déjà écrit deux romans : Bones Bay (2024) et Kataraina (2026). Ce dernier résonne particulièrement avec le thème du salon, car il raconte la révolution d’une femme, mais aussi celle d’une terre. Elle travaille actuellement sur un troisième ouvrage.
Passionnée par l’écriture, la lecture et l’art de raconter des histoires depuis son plus jeune âge, Becky Manawatu a écrit tout au long de son enfance et de son adolescence, encouragée par la publication de certaines de ses nouvelles et de ses poèmes dans des magazines scolaires et pour la jeunesse. Elle a consacré six ans à son premier roman, Bones Bay (Au vent des îles, 2024), puis quatre autres à son suivant, Kataraina (Au vent des îles, 2026). Elle travaille sur un troisième ouvrage. « L’écriture compte énormément pour moi. Être “écrivaine” a été une véritable bénédiction dans ma vie. »
Elle s’en explique : « J’aime la langue, j’adore lles histoires et je crois en la fiction comme moyen de comprendre les gens et de faire preuve d’empathie à leur égard. Je pense que c’est l’un des outils les plus puissants dont nous disposions pour rester en lien avec l’humanité, la respecter, l’élever et la comprendre. »
« Je suis ravie de participer aux échanges lors de ce salon du livre ; ces discussions sont d’une importance capitale à une époque où le monde est confronté à des destructions massives, à des génocides, aux conséquences du changement climatique ainsi qu’à des évolutions technologiques qui, pour beaucoup d’entre nous, suscitent l’effroi. »

Emily Donaldson : « Révolutions ? J'adore ce thème ! »

L’anthropologue et autrice américaine Emily Donaldson travaille aux Marquises depuis 25 ans. Ses travaux en archéologie et en anthropologie sociale ont nourri son roman historique « Keata, The Girl Who Dared » qui paraît chez Haere Pō en français et en marquisien.
« J’adore le thème du salon ! » avoue Dr. Emily Donaldson. « Il évoque le passage du temps et les révolutions de la Terre, mais aussi les changements qui s’accumulent au fil du temps. » Et c’est précisément le cœur de ses travaux en archéologie et en anthropologie sociale.
Son roman historique « Keata, The Girl Who Dared » traite de ces révolutions en puisant dans ce que nous savons du passé pour le ramener au présent sous une forme profondément humaine et accessible. « J’ai recueilli tant de récits sur les tragédies et l’obscurité du passé, que je souhaitais offrir aux jeunes Marquisiens une histoire amenant un peu de lumière, une histoire fidèle à la réalité historique sur la vie insulaire avant le contact avec les Européens, une histoire à laquelle ils pourraient s’identifier. C’est une œuvre qui, espérons-le, incitera la jeunesse marquisienne à en apprendre davantage sur sa culture et à éprouver de la fierté pour ses ancêtres ».
Elle a travaillé sur son premier roman avec Debora Kimitete qui a traduit et ajusté le texte. Cette figure engagée de l’archipel y a incorporé des mots et phrases en reo ‘enata. « Certaines expressions ne pouvaient pas être reprises littéralement, elles n’avaient de sens qu’en marquisien », se rappelle la traductrice qui insiste sur la modernité du roman et sur cette jeune femme qui veut s’émanciper.

Mourareau : « Avec Bad Mana, j’ai choisi le passage à l’acte »

Il présentera son troisième ouvrage. Après Méridien Zéro et Maeva nulle part, Mourareau signe Bad Mana, l’histoire d’un carnage qui secoue la communauté d’une île du Pacifique et révèle la folie tapie sous la surface.
C’est l’histoire d’un homme qui, sur un atoll isolé, s’installe sur un motu du secteur. Marginal et survivaliste, il en fait son royaume, de ses propres mains et en solitaire. Acculé par le clan, il décide de faire justice lui-même. Dès les premières pages, les meurtres sont avoués. La suite du roman raconte les raisons de cette décision. Voilà comment Mourareau décrit le sujet de son prochain ouvrage.
Auteur de Méridien Zéro et de Maeva nulle part, publiés par Au Vent des Îles, respectivement en 2020 et 2024, Mourareau revient avec Bad Mana, également publié par Au Vent des Îles.
« À la fin de Maeva nulle part, on aurait aimé, je pense, que le personnage se révolte, mais j’ai refusé cela afin de renforcer l’impression d’être cerné, pris au piège et sans issue. Au contraire, dans Bad Mana, j’ai choisi le passage à l’acte, la contre-attaque de celui qui est dos au mur. »

Arnaud Garnier « Je n’étais pas prédestiné à l’écriture »

Pédiatre, il a exercé huit ans sur l’île de Raiatea. Le temps de rencontrer, découvrir et explorer une histoire qui a nourri son premier roman intitulé Servitude(s). Publié cette année par Au Vent des îles, l’ouvrage inspiré de la tragédie de Faaite traite de la rédemption.
Grand lecteur de romans, Arnaud Garnier a toujours dans un coin de tête, l’envie de se lancer dans l’écriture. « Je n’étais pas prédestiné, mais j’en avais envie. » Le projet s’est concrétisé alors qu’il était médecin pédiatre à l’hôpital de Raiatea entre 2017 et 2025.
« La genèse a été longue », raconte l’auteur. Dès son arrivée, l’amie qui l’accueille à Tahiti lui parle de la tragédie de Faaite qui a secoué cette île des Tuamotu en 1987. Fasciné par cette sombre histoire, il se documente pour ce qui devait au début être une bande-dessinée avec un ami illustrateur. Mais l’ampleur du scénario est telle qu’un roman s’est imposé.
Une fois le manuscrit terminé, l’ouvrage publié, Arnaud Garnier a ressenti « une immense joie » et « une certain fierté ».
À la question « qu’est-ce que le thème du salon Révolutions vous évoque ? », l’auteur répond : « d’une manière un peu égocentrée, le processus d’écriture a révolutionné certaines choses en moi ». Les révolutions peuvent aussi être intimes et personnelles. « J’ai vraiment envie de me projeter dans l’écriture encore et encore. J’aimerais pouvoir y consacrer tout mon temps », confie-t-il. Il a, dans l’attente, l’intention de solliciter une bourse d’écriture en 2027 pour reprendre la plume et se plonger dans la rédaction d’un nouveau roman noir.

Louis Lagarde : « Je suis toujours ému devant une trace du passé »

Archéologue et historien de l’art de formation, Louis Lagarde s’est intéressé à la « camelote » du bagne, à ces objets souvent spectaculaires que les forçats calédoniens ont patiemment fabriqués. Il leur rend hommage.
Calédonien, Louis Lagarde a étudié en métropole. Il a d’abord jeté son dévolu sur l’Égypte, à laquelle il a consacré sa maîtrise d’histoire de l’art et d’archéologie. Il a même, pendant cette période, appris à lire les hiéroglyphes ! « J’ai toujours aimé les “choses anciennes”, ce qui était patiné, ce qui avait vécu. Je suis toujours ému devant une trace du passé, quelle qu’elle soit. Alors, j’ai très tôt décidé d’en faire mon métier. »
En 2005, DEA de préhistoire en poche, il rentre à Nouméa et intègre le Département d’archéologie du gouvernement calédonien. Il a ainsi changé de spécialité. Il est aujourd’hui l’un des rares spécialistes de l’archéologie de l’Océanie et quasiment l’un des seuls francophones.
Son livre présente pour la première fois en détail « ce que l’on appelait autrefois la “camelote” du bagne ». Le terme n’est pas vendeur, « d’autant qu’en réalité, ce sont des milliers d’objets en nacre, souvent spectaculaires, que les forçats calédoniens ont patiemment fabriqués afin d’améliorer un quotidien très dur. Au bagne, il fallait produire pour vendre, car vendre, c’était survivre. Aujourd’hui, ces objets forment un patrimoine tout aussi méconnu que sous-évalué. Ce livre permet de lui rendre un peu justice. »

Hubert Prolongeau : « J’aime raconter des histoires »

Journaliste et auteur d’une quinzaine de romans et de 25 livres de reportage, Hubert Prolongeau apprécie les enquêtes immersives, le journalisme incarné et l’écriture au long cours. Il aime donner vie à des matériaux romanesques. Son dernier ouvrage, Le Poing armé de Dieu (Éditions du Seuil, 2026), raconte une révolution religieuse.
Installé à Paris depuis la fin des années 1980, le journaliste indépendant Hubert Prolongeau travaille pour divers titres nationaux. Sa spécialité ? Les grands reportages menés en immersion. « J’aime le journalisme incarné. »
Il a, par exemple, vécu pendant quatre mois avec des personnes sans domicile fixe ou s’est fait volontairement interner dans un hôpital de la région parisienne afin d’observer, sans contrainte, la réalité des patients de ce type d’établissement. Certaines de ses enquêtes sont devenues des livres-enquêtes. « Dans le meilleur des cas, les textes permettent une évolution, le journalisme permet de faire bouger les choses. Quand cela arrive, on a alors l’impression d’avoir été utile. »
Mais, pour Hubert Prolongeau, cela ne suffit pas. « On reste coincé avec la réalité », commente celui qui aime « raconter des histoires ». Lorsque le sujet « appelle un plus », l’écriture de livres, « la longueur, l’investissement, la liberté », lui apportent une grande satisfaction.
Son dernier ouvrage, Le Poing armé de Dieu (Éditions du Seuil, 2026), traite des débuts du mormonisme et explore le rapport entre la foi et la violence. « C’est une révolution religieuse dans un pays en formation », résume Hubert Prolongeau.

Walles Kotra présente ses rencontres, découvertes et interrogations

Les différentes casquettes de Walles Kotra — journaliste, directeur de l’information à RFO, auteur — lui ont permis de découvrir « la France qui n’est pas en France », aux quatre coins du monde. Il partage aujourd’hui ses réflexions.
Originaire de Tiga, en Nouvelle-Calédonie, Walles Kotra a intégré la rédaction de RFO Nouvelle-Calédonie en 1981 et suivi de l’intérieur les événements politiques calédoniens. Il a également été directeur de l’information de RFO à Paris, puis directeur régional de RFO Nouvelle-Calédonie et de RFO Polynésie française. Il a ensuite dirigé les équipes du réseau Outre-mer 1ère et de France Ô. Auteur de plusieurs documentaires et ouvrages, il vient présenter son dernier livre, « Mes outre-mers » (Au Vent des îles, 2023).
« J’ai été chargé des outre-mer au sein du groupe France Télévisions et cela m’a permis de découvrir “cette France qui n’est pas en France”, éparpillée en Amérique, dans l’océan Indien et en Océanie. Je raconte mes rencontres, mes découvertes, mais également mes interrogations », indique-t-il.
Pour rebondir sur le thème du salon, il explique : « J’ai envie de dire que chaque outre-mer est une terre de révolution. Hier, l’Empire français avait une cohérence, celle de la colonisation. Aujourd’hui, comment légitimer l’Archipel France que l’on trouve avec les outre-mer ? »
Selon Walles Kotra, cet ensemble oblige les outre-mer comme Paris à se remettre en cause, à se reformuler et à changer de regard. Gérer l’archipel comme on gérait hier l’empire serait une erreur.

Benoît Trépied « chemine » avec la Nouvelle-Calédonie depuis 25 ans

Chercheur et auteur, Benoît Trépied « chemine » avec la Nouvelle-Calédonie depuis 25 ans. Parti du « Caillou », il a étendu ses travaux de recherche au Pacifique et aux outre-mer, menant une anthropologie historique de la citoyenneté en situation coloniale et postcoloniale : relations ethnoraciales et politique locale en Nouvelle-Calédonie, enjeux contemporains de la décolonisation dans le Pacifique et les outre-mer français, et construction des savoirs en contexte colonial et postcolonial.
Auteur d’articles et d’ouvrages, le chercheur en anthropologie Benoît Trépied travaille au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) où il s’intéresse aux processus de colonisation et de décolonisation en Nouvelle-Calédonie et, par extension, dans le Pacifique et même dans l’ensemble des outre-mer, « partout où il existe des revendications », résume-t-il.
Il a découvert la Nouvelle-Calédonie en 1998, au moment des accords de Nouméa. « Je pensais que la question de la décolonisation était réglée en France. Ce n’était pas le cas ! » Benoît Trépied a ensuite décidé d’y consacrer ses travaux de maîtrise, de DEA, puis de thèse. « Depuis, je fais des allers-retours. Je chemine avec le pays depuis 25 ans. »
Le thème du salon résonne tout particulièrement pour lui. Il évoque les événements de 2024, « pour lesquels il n’y a toujours pas de consensus : étaient-ce des émeutes, des exactions, une insurrection, un soulèvement politique, voire une révolution ? », interroge-t-il. S’il n’y a pas eu de révolution en Nouvelle-Calédonie, « puisqu’il n’y a pas eu de vainqueurs », il y aurait cependant « les ingrédients révolutionnaires ». La mise en discussion permet de sortir de l’immédiateté et de la sidération, de prendre du recul.

Christophe Mauri : « J’attends avec impatience ce qui surviendra à chaque rencontre »

Il est auteur de romans pour la jeunesse et le père de Mathieu Hidalf, un petit génie insupportable. Christophe Mauri se réjouit, comme à la veille d’une rentrée scolaire en primaire, de découvrir la Polynésie et ses jeunes lecteurs.
Il écrit depuis qu’il a 13 ans, depuis que sa professeure de français de 4e a demandé à chacun de ses élèves de rédiger un court roman au cours de l’année scolaire. « Ce jeu m’a tellement plu qu’au cours des grandes vacances, j’ai aussitôt écrit ma première histoire. Dans la foulée, j’ai envoyé mon manuscrit à une maison d’édition, Gallimard Jeunesse, qui m’a encouragé pendant presque dix ans à retravailler mes histoires… jusqu’à ce que la première soit finalement publiée ! »
Désormais, écrire pour la jeunesse est à la fois son métier et sa passion. L’auteur partage sa vie entre la France et le Japon — « c’est pratique d’être écrivain, car je peux emporter mon travail dans ma valise ! », plaisante-t-il —, entre l’écriture et les rencontres.
Chaque rendez-vous dans une nouvelle classe le motive à écrire de nouveaux livres. « Les enfants ont une énergie et une inspiration qui me rappellent pourquoi j’aime tant écrire des histoires. Bien sûr, leur imagination est parfois désordonnée. Mais des trésors jaillissent de ce désordre. » Il ajoute : « Le passage du vouvoiement au tutoiement est un exemple formidable de ce que peut produire, naturellement, l’imagination d’un enfant dans un atelier d’écriture : une trouvaille très difficile à dénicher pour un adulte. »

Bruno Pilorget : « Réaliser des livres jeunesse est une grande responsabilité »

Bruno Pilorget a appris à dessiner « en copiant les grands, Hergé ou Gotlib ». Aujourd’hui, à 44 ans, il est illustrateur, en particulier pour la jeunesse, et a réalisé près de 200 livres.
Il a grandi en Bretagne, à Vannes. « L’été, en roue libre avec ma bande, on se passionnait pour le pop-rock et l’enduro en se laissant pousser les cheveux. On régatait un peu avec un Vaurien, un petit dériveur, dans le golfe du Morbihan. » Bruno Pilorget a appris à dessiner « en copiant les grands, Hergé ou Gotlib ». Au collège, il dessinait les têtes des profs et des élèves, « bon plan pour se faire des copains… ou pas ».
Après le bac, il a eu le désir de devenir illustrateur à la suite d’une rencontre avec un auteur-illustrateur jeunesse. Il a passé deux ans à l’école des Beaux-Arts avant de « monter à Paris », à la rencontre du « redoutable Pierre Marchand, fondateur de Gallimard Jeunesse et du magazine Voiles et Voiliers ». Cet éditeur lui a donné sa chance et l’a lancé dans le métier. « Réaliser des livres jeunesse est une grande responsabilité : on travaille pour de futurs lecteurs adultes. On doit faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux. »
Son métier d’illustrateur jeunesse lui permet de voyager en France et dans le monde pour rencontrer des enfants, échanger avec eux et réaliser des ateliers de peinture. « C’est très enrichissant de rentrer dans toutes ces différentes écoles du monde et très satisfaisant de se rendre compte que le dessin est aimé et respecté partout. »

Rachel Corenblit : « La littérature est quelque chose de vivant »

Son 42e roman est sorti en septembre. Rachel Corenblit, autrice de romans pour adolescents, explore les problématiques familiales, les secrets dépassés et les poids qui, peu à peu, s’allègent.
Née au Québec, Rachel Corenblit s’est tournée vers l’enseignement après des études de philosophie et diverses expériences professionnelles. Mais elle a toujours écrit. Elle se rappelle avoir rédigé des poèmes, puis des romans. « J’avais 20 ans quand j’ai envoyé mon premier manuscrit à des maisons d’édition, et ce n’était pas bon. J’écrivais comme je parlais », reconnaît-elle. Elle s’attendait aux lettres de refus qu’elle a effectivement reçues. « Mais je me suis accrochée. »
Le manuscrit du roman Shalom Salam maintenant (éditions du Rouergue), inspiré de son histoire familiale et qui dresse plusieurs portraits sur plus de 50 ans de conflit israélo-palestinien, lui a paru plus solide. « En l’écrivant, je savais qu’il serait accepté. Je l’ai envoyé à quatre maisons d’édition qui l’ont toutes accepté ! » Lorsque l’ouvrage a été publié en 2006, Rachel Corenblit avait 36 ans.
Depuis, sa plume n’a de cesse d’explorer les problématiques familiales et leurs paradoxes, à l’attention des plus jeunes.

Moetai Huioutu : « Je voulais savoir d’où je venais »

Après des années de questionnement sur ses origines, le Marquisien Moetai Huioutu a trouvé des réponses. Il a fouillé les livres, interrogé chercheurs et anciens pour recueillir des témoignages qui éclairent une partie de l’histoire « mise au placard ».
« Aujourd’hui, cela paraît joli, mais en réalité, les Européens qui ont soi-disant découvert l’archipel ont commis des méfaits en arrivant aux Marquises. Des méfaits dont on ne parle pas, ou peu, et que l’on a mis au placard », regrette Moetai Huioutu. Dans un livre intitulé La Croix, la bannière et nous, qui vient de paraître chez Haere Pō, il fait la lumière sur certains comportements répréhensibles. « Ils ont commis pas mal d’atrocités. »
Moetai Huioutu est né sur la Terre des Hommes, à Nuku Hiva. Il a été élevé par ses grands-parents à Tahiti où, petit, il a été confronté à des remarques inattendues. « On nous disait cannibales ! Je ne comprenais pas. » Il a questionné son entourage sans obtenir de réponses concluantes. Alors, il s’est mis en tête de mieux comprendre ses origines. « Je voulais savoir d’où je venais. »
Après des années de quête, Moetai Huioutu a « rempli pas mal de cahiers… et de corbeilles à papier », résume-t-il. Il partage aujourd’hui ce qu’il a récolté, sans se priver de dire ce qu’il pense. Il ouvre une nouvelle porte qui pourrait réconcilier les Marquisiens avec leur histoire.

Avec ses « Jardins polynésiens », Frédéric Cibard offre un bouquet de fleurs de mots

Il signe un recueil de poésie édité par ‘Ura éditions. Frédéric Cibard, qui écrit depuis l’âge de 16 ans, a enfin choisi de partager ses vers. Il explique : « Je regarde le monde et les mots arrivent. » Ils sont rassemblés dans un ouvrage baptisé « Jardins polynésiens ».
« C’est arrivé comme ça, quelque chose en moi me pousse à laisser parler le chant de mon âme », explique Frédéric Cibard. Chargé de communication au Conservatoire artistique de la Polynésie française, il écrit depuis l’adolescence, mais il n’avait encore jamais révélé ses textes au grand jour. C’est chose faite : son recueil de poésie, « Jardins polynésiens », vient de paraître chez ‘Ura éditions.
« J’ai ressenti qu’il était temps de rendre hommage à cette Terre qui m’a offert une femme, un fils et trois autres enfants, des mootua : une vie. »
L’auteur évoque une certaine urgence à rendre ce qui lui a été donné.
Ce recueil est composé de deux parties et proposé en deux langues. Les textes ont été traduits en reo tahiti par Yann Paa, auteur plusieurs fois primé au Heiva i Tahiti. « Plutôt que traduits, je dirais investis », nuance Frédéric Cibard, « car Yann a offert plus qu’une langue, il a offert de l’émotion ».
Frédéric Cibard s’exprime en vers libres, « une technique qui me correspond. Je ne cherche ni la rime ni le jeu de mots, j’ai ouvert mon être ». Il avance au plus court. « Les haïkus m’ont beaucoup inspiré. La pensée est une sorte d’éclair que je trouve dans l’écriture poétique. »

Anne-Charlotte Lehartel : « Écrire, ce n’est que du fun ! »

Journaliste sur la Presqu’île de Tahiti depuis 12 ans, Anne-Charlotte Lehartel signe un deuxième ouvrage de littérature jeunesse. Intitulé La Petite souris de Tahiti, il a, comme son premier album, été inspiré par sa fille. Une fois encore, l’écriture a été un moment de plaisir.
L’écriture, et notamment en littérature jeunesse, est pour Anne-Charlotte Lehartel un véritable plaisir. « Cela vient tout seul, je ne cherche pas. Et puis, je peux faire ce que je veux, au gré de l’inspiration. Il n’y a pas de contraintes, c’est que du fun ! » L’autrice s’amuse lorsqu’elle raconte des histoires pour le jeune public. Journaliste sur la Presqu’île depuis 2014, elle aime écrire. « Mais l’exercice n’a rien à voir avec le traitement de l’actualité : il y a, en littérature, tout l’aspect imaginaire. »
Anne-Charlotte Lehartel présente cette année un deuxième album jeunesse, intitulé La Petite souris de Tahiti. Il est édité par Les Mers australes, comme le premier, intitulé Petit mape (2023). « Cette fois-ci, j’avais envie d’inscrire cette période de la vie, celle pendant laquelle on perd ses dents, localement. Je voulais raconter cette légende à Tahiti et dans les îles. »
À l’origine des aventures livresques d’Anne-Charlotte Lehartel se trouve une petite fille, la sienne : Hereavai. Elle a 7 ans, elle grandit, et rien ne dit qu’elle n’aura pas de nouveaux questionnements inspirants.

Raanui Daunassans : « on en apprend de belles ! »

Le journal de Marguerite Géraud publié par La Société des Études Océaniennes c’est une année dans la vie d’une femme française qui séjourna dans le Tahiti de la belle époque. Un texte « très amusant » qui ne fait pas l’impasse sur les ragots de salon.
La publication du Journal de Marguerite Géraud, épouse du gouverneur et artiste-peintre tient à peu de chose. « Il y a quelques années, à l’occasion d’une visite que je rendais à mon ami Daniel Palacz, au Musée de son association Arts et Culture, celui-ci me remit la copie d’un manuscrit qu’il avait acquis quelque temps auparavant à l’Hôtel Drouot, à Paris », raconte Raanui Daunassans.
Il s’agissait du Journal de Marguerite Géraud, épouse du Gouverneur de Tahiti, femme de lettres et peintre. Ce journal tenait en six cahiers manuscrits. « Les pages se révélaient être un témoignage d’une exceptionnelle richesse sur la vie des Établissements Français de l’Océanie, offrant une plongée dans le quotidien de la société coloniale de Papeete au cours des années 1912 et 1913. »
Pour la publication Raanui Daunassans a annoté, complété, précisé le témoignage, il a sélectionné des photographies qu’il a souhaité passer en couleur. « Je voulais que le lecteur voit les scènes de vie et bâtiments tels qu’ils étaient vraiment », justifie-t-il.
« Elle est assez cash », reconnaît Raanui Daunassans. « Elle n’hésite pas à révéler les dessous de table. On en apprend de belles. J’ai moi-même découvert des choses sur mon arrière-grand-père », avoue-t-il amusé.

Véronique Mu-Liepmann s’engage dans une série d’ouvrages sur le tatouage

Elle a été conservatrice du Musée de Tahiti et des îles pendant plus de 30 ans, participant à la mise en place de l’établissement depuis son ouverture. Véronique Mu-Liepmann, puisant dans ses années d’expériences et ses connaissances a participé à la rédaction d’un ouvrage attendu sur le tatouage en Océanie.
Grâce aux manuscrits d’Anne Lavondès, directrice du musée de Tahiti et des îles – Te Fare Manaha de 1976 à 1983, Véronique Mu-Liepmann s’est plongée dans l’histoire du tatouage en Océanie des mois durant. Elle a fait évoluer, complété, mis en forme une précieuse matière qui raconte l’origine, les techniques et la pratique d’un art ancestral.
Diplômée d’un certificat de maîtrise en géologie du quaternaire et de la préhistoire, formée à la fouille archéologique sur son temps libre, Véronique Mu-Liepmann est arrivée en Polynésie en 1979, l’année de l’inauguration de la partie ethnographique du Musée de Tahiti et des îles. « J’ai été embauchée comme conservatrice en 1980. Anne a quitté le territoire en 1983, mais elle a continué à faire l’inventaire des collections océaniennes », indique Véronique Mu-Liepmann.
« Nous avons travaillé ensemble, à l’occasion de l’exposition du Quai Branly sur les Marquises. » En retour, Anne Lavondès lui a envoyé ses recherches. Celles-ci portent sur l’Océanie, mais également sur les Australes et les îles Cook, les Tuamotu, les Gambier et l’archipel de la Société… C’est donc toute une série d’ouvrages consacrés aux tatouages qui s’annoncent.