
Jean-Hugues Oppel
Partage et transmission.

Marin Ledun
Demain, une oasis?

Tania Roxoborogh
J’ai toujours aimé raconter des histoires

Chen Jian Hong
L’art et livres sont des passerelles pour voyager dans le temps.

Bernard Domeyne
L’histoire du monde me passionne.

Virginie Clayssen
IA : un arrêt sur image

Laurent Audoin
Je suis boulimique de dessin.

Christophe Augias
Nous sommes à la croisée des chemins.

Véronique Massenot
Les mots sont des joyaux, les langues de vrais trésors.

Jean-Michel Billioud
J’ai toujours été d’une insatiable curiosité.

Emy Viale-Dufour
Raconteur d’histoires

Jenny Pradines
Les albums jeunesse sont d’une richesse incroyable.

Lucien Montaggioni
Une vie au service des récifs

Raanui Daunassans
Retour dans Tahiti du Protectorat

Russell Soaba

Nilima Rao
En écrivant, explore ses origines…

Wardley Barry
Partage et transmission avec Jean-Hugues Oppel
Auteur de romans noirs et d’ouvrages pour la jeunesse, Jean-Hugues Oppel présentera différents ouvrages. En écho à la thématique du salon, il rappelle tout l’intérêt de partager et surtout de transmettre dans un monde à l’avenir incertain.
À la question « comment vous décrire ? » Jean-Hugues Oppel évite de répondre « beau gosse » car « ma modestie proverbiale m’interdit de le souligner ». Alors, il évoque son signe astrologique -il est scorpion-, décrit sa barbe poivre et sel « qui manque de plus en plus de poivre » et rappelle qu’après avoir envisagé une carrière d’écrivain de science-fiction « morte dans l’œuf » tout en exerçant un premier métier d’assistant-opérateur de prises de vues cinématographiques, il a découvert le polar moderne. « Merci à Jean Vautrin, Jean-Patrick Manchette et Claude Klotz ! » glisse-t-il au passage.
Depuis, il a signé de très nombreux ouvrages de romans noirs et d’ouvrages pour la jeunesse. « Je suis à présent dans ma troisième vie littéraire à La Manufacture de livres après vingt magnifiques années chez Rivages et un bon moment passé à la Série Noire », précise-t-il. Bon nombre de ses titres jeunesses sont indisponibles et/ou épuisés.
Ceux qui restent se partagent entre romans à suspense « attention : ça peut saigner ! » et petits polars prétexte à réfléchir sur le thème des préjugés et du regard des autres… « Le racisme a toujours la peau dure, hélas ! »
Il a déjà participé au salon du livre, il y a dix ans. « J’ai l’habitude de dire que je ne suis pas sectaire et que j’ai autant de plaisir à être dans une classe ou une médiathèque en Bretagne ou dans la Creuse, mais que pour la baignade, la Polynésie, c’est mieux ! », plaisante-t-il en ajoutant : « là où il y a des lecteurs et des lectrices de tous âges, un auteur est forcément heureux quelles que soient les conditions atmosphériques car il s’agit de partager et, surtout, comme disait ma mère, de transmettre. » Un maître-mot en ces temps où la culture est « de plus en en plus menacée, et avec elle le danger de l’oubli, pire que le révisionnisme ».
En pensant au thème du salon 2025, il porte son regard sur l’avenir. « Demain ? 25 années de plus pour lire, vivre, aimer, se passionner, et faire de son mieux pour rendre le monde meilleur – c’est pas gagné ! » Pessimiste de nature il se dit « plutôt inquiet » pour l’avenir de l’Humanité. « Elle persiste, pour une bonne majorité hélas, à ne pas voir que la planète est plus que fatiguée des excès de ses locataires. » Certains considèrent que d’ici la fin du siècle, si nous ne faisons rien pour le climat, il n’y aura plus que des cailloux à manger sur Terre « mais moi qui suis vraiment pessimiste, j’affirme qu’il n’y aura pas assez de cailloux pour tout le monde ! » Dans 25 ans, Jean-Hugues Oppel aura 93 ans et « tenir jusque-là, c’est pas gagné non plus ».
Marin Ledun : « Demain, une oasis ? »
Il se préoccupe à plus d’un titre de l’avenir et ce qui se dessine. Marin Ledun, auteur de romans et essayiste, spécialisé dans la satire sociale, sera au salon avec « Terre rouge ». Un roman qui prend place dans un archipel qui lui est très cher, les Marquises.
« Demain commence tout juste à reprendre sens ». En août 2024, Marin Ledun a subi une lourde opération « incertaine ». « Il y a un an, je ne savais même pas s’il me serait possible de venir. » Aussi le thème du salon, à titre personnel, est « le plus précieux qu’il soit ».
L’auteur, déjà sensible à la question de ce qui adviendra puisqu’il l’a explorée avec son titre « Hakanā » paru Au Vent des îles en 2023, sent que la préoccupation se généralise. L’avenir interroge plus que jamais. La science-fiction revient au-devant de la scène après avoir laissé la place au polar. Paraphrasant le titre d’un roman de l’auteur Ayerdhal, Marin Ledun repose la question : « demain sera-t-il une oasis, ou continuerons-nous d’en faire un désert ? ». À propos de l’état de la Terre et des assauts qu’elle subit il ajoute : « il faut se préoccuper aujourd’hui de ce qui s’annonce. Et sans doute va-t-il falloir y aller de manière un peu brutale car rien ne change alors que les premières alertes datent au moins des années 1950. » Tout cela, pour lui, est angoissant « Nous ne survivrons pas à l’hypercapitalisme et à ses effets destructeurs sur la planète ». Marin Ledun garde toutefois une part d’optimisme « sinon, on n’écrirait plus. On peut au moins continuer ça » !
L’auteur n’en est pas à sa première venue, il a déjà participé à deux salons à Papeete. À chaque fois, « il y a une espèce de renouveau. Il y a l’événement d’une part, et tout ce qui sort du cadre littéraire d’autre part, tout l’aspect humain, l’apprentissage de la culture océanienne, des manières d’écrire, l’approche d’une littérature autrement. » Marin Ledun ne vient pas seulement pour faire la promotion de ses livres comme dans d’autres salons où il a coutume d’aller en métropole mais pour « apprendre sur un rapport au monde ».
En 2016, il a eu la chance d’aller aux Marquises. Un coup de cœur, il a d’ailleurs commencé depuis à apprendre la langue de la Terre des hommes, « celle des îles du nord », précise-t-il. De ce coup de cœur sont nés « Le Projet Hakanā » (Rageot éditeur, 2023) puis « Henua » (Gallimard, 2025). En Polynésie, les deux ouvrages sont parus chez Au Vent des îles. Le premier ouvrage sous le titre « Hakanā » (2023) et le second est devenu « Terre rouge ».
« Terre rouge » sera présenté au salon du livre en attendant un troisième roman en début d’année prochaine. Publié exclusivement chez Au Vent des îles, il se situera au début des années 1970, pendant la prospection qui a eu lieu sur l’île de Eiao aux Marquises en prémisse aux essais nucléaires. Une énième preuve, s’il fallait, de l’affection de l’auteur pour la Terre des hommes en particulier et la Polynésie en général.
Tania Roxborogh : « J’ai toujours aimé raconter des histoires »
Les mots sont son langage d’amour et son petit cadeau offert aux autres. Tania Roxborogh, qui a démarré par l’écriture de pièces de théâtre s’est ensuite lancée dans l’écriture de romans. Elle présentera « Charlie Tangaroa et la créature des abysses » paru en mai chez Au Vent des îles.
C’est avec « Charlie Tangaora and the Creature from the Sea » traduit par Christine Roth en français et paru chez Au Vent des îles sous le titre « Charlie Tangaroa et la créature des abysses » que Tania Roxborogh viendra au Salon du livre. « J’espère également parler du prochain opus de la série qui est actuellement en cours de traduction en français, Charlie Tangaroa et le Dieu de la Guerre », annonce l’autrice.
Née à Christchurch, dans l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande, elle a passé la majeure partie de son enfance à voyager à travers le pays, vivant dans différentes fermes, différentes maisons et fréquentant différentes écoles. « J’ai conservé ce mode de vie quelque peu nomade à l’âge adulte », précise-t-elle-même si elle est désormais installée dans une petite ville rurale du Canterbury dans l’île du sud.
« J’ai toujours aimé raconter des histoires et divertir », poursuit Tania Roxborogh. Mais elle a commencé à écrire une fois adulte. Elle a débuté par des pièces de théâtre pour ses élèves de théâtre. Après les avoir publiées, elle a pensé avoir le talent nécessaire pour écrire un roman. « Les mots sont mon langage d’amour et mon cadeau aux autres. » Elle a dû apprendre beaucoup de choses sur l’écriture : la rédaction, la révision, la structure du récit, etc. Son premier roman a été publié en 1997. « Ce roman me permettait de raconter une expérience personnelle, tout en maîtrisant le récit – et la fin. » Nombre de ses premiers romans s’inspiraient de ses aventures d’enfant et d’adolescent. « Je crois en l’importance de continuer à raconter nos histoires et je pense également que notre savoir autochtone – ou mātauranga – devrait avoir le même statut que le savoir hégémonique des colons anglais. »
En pensant au thème du salon elle se dit « inquiète pour l’avenir – pour la planète, pour les peuples autochtones ou pour tout groupe marginalisé. Mais je crois au pouvoir des histoires et de l’art pour nous rappeler ce que nous avons et ce que nous pouvons faire. Mon optimisme est toujours là, mais un peu ébranlé par ce qui se passe dans le monde. »
Pour autant, elle adore ce thème. Elle reprend à ce sujet un dicton maori : « Kia whakatōmuri te haere te whakamua ». Cela signifie « Je marche à reculons vers l’avenir, les yeux fixés sur le passé. »
Chen Jiang Hong, « l’art et livres sont des passerelles pour voyager dans le temps »
Le peintre, auteur et illustrateur Chen Jiang Hong fait de nouveau partie des invités du salon du livre. L’occasion de découvrir cet homme qui aime « ouvrir le dialogue entre les cultures » et de se plonger dans son dernier né « Fleur de Dragon » paru à l’École des loisirs en 2024.
Il présentera son dernier livre « Fleur de Dragon » paru à l’École des loisirs en 2024. Un livre où l’imaginaire se mêle aux couleurs et aux récits de voyage. « Ce que j’aime dans cette histoire, c’est qu’elle ouvre une porte sur le rêve et sur le dialogue entre cultures » dit l’auteur et illustrateur Chen Jiang Hong. Il apportera aussi quelques ouvrages plus anciens « comme une manière de partager un fil continu de création ».
Il faut dire qu’il n’en sera pas à sa première visite. Chen Jiang Hong a déjà été invité plusieurs fois ces 20 dernières années. « Et c’est toujours un bonheur d’y revenir car il y règne une atmosphère unique où se mêlent convivialité, chaleur humaine et profondeur. On y ressent un véritable esprit de partage, où les lecteurs, petits et grands, viennent avec curiosité et générosité. Pour moi, c’est un lieu vivant, coloré et inspirant, où chaque rencontre nourrit la création. »
Chen Jiang Hong est né dans une grande ville du nord de la Chine, à Tianjin. Ce peintre a été formé à l’Académie centrale des Beaux-Arts de Pékin avant de s’installer en France, à Paris dès 1987. Il expose régulièrement en France et à l’étranger. Il a par exemple présenté des « partitions visuelles » comme l’ont décrit les critiques à la galerie Tamenaga de Paris en 2024.
Parallèlement à sa vie d’artiste, Chen Jiang Hong écrit et illustre des albums pour la jeunesse aux éditions de l’École des loisirs. Il a raconté sa propre enfance pendant la Révolution culturelle dans « Mao et moi » puis s’est mis à signer des histoires mêlant les légendes, la culture et l’histoire de la Chine à des sentiments et des questions universels pour les enfants d’aujourd’hui. Pour mettre en image les textes, il utilise différentes techniques (peinture à l’encre, sans esquisse, sur papier de riz ou de soie).
Il va à la rencontre de ses lecteurs partout dans le monde. Il se réjouit de revenir à Tahiti où, selon lui, le thème « prend une résonance particulière » car le temps « s’inscrit à la fois dans la mémoire des ancêtres et dans l’horizon infini de l’océan ». Les 25 ans « marquent déjà un bel héritage » tandis que demain « interroge sur ce que nous voulons transmettre aux jeunes générations ». Pour lui, la réponse se trouve « dans l’art et les livres : ils sont des passerelles entre passé, présent et futur ».
Bernard Domeyne « l’histoire du monde me passionne »
L’auteur de Hei’ani au Pacifique immense souhaitait depuis longtemps écrire sur l’histoire de Tahiti et ses îles. C’est chose faite avec cette saga en deux tomes et quatre époques qui couvre près d’un siècle d’histoire tumultueuse.
Diplômé de l’Institut d’Études Politiques (IEP) d’Aix-en-Provence, Bernard Domeyne est entré dans la fonction publique en septembre 1981. Trois mois plus tard, son baptême de l’Air (il n’avait jamais pris l’avion) l’a conduit en Polynésie pour effectuer son service national au titre de l’Aide technique. De retour en métropole après un séjour d’une année et demie, il est entré au ministère des Finances, successivement sur les secteurs de la formation, des audits, et des affaires économiques.
Au début des années 1990, il a décroché un doctorat d’histoire. « En effet, l’histoire de France, l’histoire du monde me passionnent. » Ses fonctions aux Finances lui plaisaient, « mais j’avais envie d’autre chose, de différent, de plus fort ».
Il a commencé à écrire au début des années 2000, s’essayant à différents genres littéraires : romans historiques, polars, romans d’aventures fantastiques, uchronies ou encore nouvelles. Ses polars sont, pour plusieurs, inspirés de son séjour polynésien et ses romans historiques ont longtemps eu pour cadre l’Espagne arabo-andalouse et l’Antiquité tardive. « Je souhaitais depuis toujours, écrire sur l’histoire de Tahiti et ses îles. »
Avec Hei’ani au Pacifique immense qui paraît chez Haere Pō, dixième roman historique de l’auteur, l’objectif est atteint. Il s’agit d’une saga en deux tomes et quatre époques, qui couvre près d’un siècle d’histoire tumultueuse, au cours de laquelle des îles des mers du Sud sont devenues françaises.
Pour Bernard Domeyne, le thème du salon 2025 est « une invitation à tisser des liens entre le passé, le présent et l’avenir. Il suscite des réflexions profondes sur la mémoire, la transmission, l’identité et l’espoir, tout en offrant un terrain fertile pour la création littéraire ». En plus, « il résonne avec des questions existentielles : où étais-je il y a 25 ans ? Où serai-je demain ? En tout cas, c’est passionnant ! »
Bernard Domeyne le reconnaît, il appartient à une génération où l’histoire, l’enseignement de l’histoire, avait beaucoup d’importance. « Et j’ai gardé cette prégnance. Avoir une histoire permet de se situer. Si l’on perd la mémoire, on perd tout, on n’existe plus. Nous sommes les héritiers d’une histoire, avec ses joies et ses peines, et nous devons les connaître et les assumer si nous voulons exister. Notre passé, individuel et collectif, conditionne notre futur. Si nous oublions notre passé, nous n’aurons pas de futur. »
IA : un arrêt sur image avec Virginie Clayssen
Consultante, spécialisée dans l’édition, le patrimoine et la création numérique, Virginie Clayssen est invitée pour aborder la question de l’intelligence artificielle. Pour mieux comprendre l’accélération technologique sans précédent des repères s’imposent.
Architecte de formation, Virginie Clayssen s’est vite passionnée pour les technologies numériques, et a bifurqué vers le monde de l’édition où elle a occupé différents postes, notamment dans le groupe Editis, accompagnant les éditeurs dans la transition numérique. Elle a également joué un rôle actif dans l’interprofession du livre, notamment comme présidente de la Commission numérique du Syndicat national de l’édition, mais aussi à la tête de l’association EDRLab (European Digital Reading Lab). Elle a d’autre part siégé au conseil de surveillance de FeniXX, la société chargée de la numérisation des œuvres indisponibles du XXe siècle.
Elle interviendra au salon en tant que consultante, spécialisée dans l’édition, le patrimoine et la création numérique et annonce : « je souhaite proposer un arrêt sur image de l’introduction de l’intelligence artificielle (IA) dans le monde de l’édition. J’emploie cette expression à dessein, car nous faisons face à une accélération technologique sans précédent ».
Pour mieux comprendre ces évolutions, il est utile de disposer de quelques repères : savoir comment ces outils fonctionnent, d’où ils viennent, ce que signifient les termes techniques qui reviennent sans cesse. Une brève mise en pratique permet aussi de mesurer leurs performances et les services qu’ils peuvent déjà rendre. « Ces connaissances constituent un socle indispensable. Elles permettent de naviguer avec discernement dans le flux d’annonces et d’éviter les écueils des deux extrêmes : l’enthousiasme aveugle ou le rejet systématique. »
Dans le monde de l’édition, l’IA reste parfois perçue comme une menace alors qu’elle est déjà présente comme un outil. « Aucun éditeur ne souhaite remplacer les auteurs, la question médiatique étant certes frappante, mais trompeuse. » Mais « tous se mettent progressivement à automatiser certaines tâches fastidieuses, améliorer l’accessibilité ou encore accroître la visibilité des ouvrages ». L’IA s’invite aussi dans l’éducation : les éditeurs scolaires travaillent déjà à relever les défis immenses qu’elle soulève dans ce domaine.
Dans ce contexte, une question demeure décisive pour les auteurs comme pour les éditeurs : les grandes entreprises qui développent les systèmes d’IA respecteront-elles enfin le droit d’auteur, en cessant de s’entraîner sur des œuvres protégées sans contrepartie pour les ayants droit ? Plusieurs procédures sont en cours, opposant auteurs et éditeurs à des sociétés comme Meta ou Anthropic.
Laurent Audouin : « Je suis boulimique de dessin »
Il est devenu illustrateur mais n’imaginait pas cela possible étant enfant. Celui qui se dit passionné dessine non-stop ou presque pour des rédactions ou des éditeurs. En plus, il se plaît à rencontrer ponctuellement ses lecteurs et à les inviter à dessiner. Mieux, il les accompagne à l’année quand c’est possible pour qu’ils produisent un album.
« J’étais nul en dessin, mais peu importait, il fallait que je dessine », raconte Laurent Audouin. Sa passion, dévorante, l’occupe désormais tous les jours de l’année. « Je suis boulimique de dessins », reconnaît-il. Il aime raconter, illustrer, donner vie à des personnages et des scènes. Il aime aussi faire comprendre à son public qu’il est capable lui aussi de dessiner et, pourquoi, devenir dessinateur. « C’est une grande satisfaction de les voir prendre conscience qu’ils peuvent réussir. » Dessiner, « ce n’est pas un don », c’est un talent qui se cultive. « Je suis bien placé pour en parler, si j’en suis arrivé là, ce n’est pas que je suis le meilleur, c’est grâce à mon travail et ma fiabilité. »
Laurent Audouin, après le lycée, est entré en faculté de sciences économiques. Il s’intéressait à l’économie et se voyait, « pourquoi pas ? », en dessinateur de presse. « En réalité, je ne savais pas trop où j’allais. » Ses parents, attentionnés, lui ont conseillé de se réorienter. « Je suis entré dans une école d’arts appliqués. La révélation ! »
À l’issue de son cursus, il est monté à Paris. « Je pensais naïvement que j’étais devenu illustrateur. » Son diplômé passait à ses yeux pour un sésame. « Evidemment, rien ne s’est passé comme prévu. » Il a frappé pendant plusieurs semaines aux portes des professionnels. Playbac Editions, éditeur de la fameuse série Les incollables, lui a donné sa chance. Et c’est ainsi qu’il est entré, il y a 32 ans, dans le monde professionnel. Il a, de fil en aiguille, travaillé pour des maisons d’éditions toujours plus grandes, mais aussi pour la presse jeunesse avec qui il collabore toujours (Prisma, Bayard, Milan…). Il a signé son tout premier album jeunesse solo en 2002. « Mais je préfère de loin me concentrer sur la seule illustration. »
Il présentera au Salon du livre des albums de ses trois séries : Les Enquêtes de Mirette, Frissons au CP et Les Aventures fantastiques de Sacré Cœur.
Il animera également des ateliers pour les scolaires à la Maison de la culture et se rendra dans des établissements de Tahiti, Moorea et Hiva Oa. « J’adore rencontrer les scolaires. Ce qui m’importe ? Montrer les coulisses d’un album, faire entrer les enfants dans la lecture. » En France, en plus des interventions ponctuelles, il accompagne des classes dans la réalisation d’albums à l’année. Il donne de son temps, mais pour lui ce n’est rien comparé à ce qu’il reçoit en retour. « Je ne pensais vraiment pas faire ce métier un jour. Mais maintenant, je ne compte plus m’arrêter. »
Christophe Augias : « Nous sommes à la croisée des chemins »
Il est aujourd’hui directeur de la culture, de la condition féminine et de la citoyenneté en Nouvelle-Calédonie, mais il a été pendant plus de 25 ans le directeur de la bibliothèque Bernheim. C’est aussi un habitué du Salon du livre de Tahiti. Il est de retour après 6 ans d’absence pour parler de la lecture publique et de son avenir.
Le thème du salon de cette 25e édition nous invite à tourner le regard vers l’avenir, et donc du devenir du livre, de l’édition et de la lecture. Christophe Augias, spécialiste de la lecture publique en milieu insulaire grâce à ses nombreuses années d’expérience à la tête de la bibliothèque Bernheim en Nouvelle-Calédonie, a beaucoup à dire. « Nous sommes à la croisée des chemins à plus d’un titre. »
Il revient sur les dernières révolutions qui ont marqué le secteur, le développement du numérique puis d’internet. « Un nouvel élan se fait jour avec l’arrivée récente de l’intelligence artificielle. » Christophe Augias imagine des impacts positifs qui participeront à une plus grande accessibilité de la lecture. « L’IA permettra d’assurer des tâches que nous n’avons jamais eu le temps de faire. » Il pense à la gestion de collections, au catalogage d’ouvrages, à l’indexation. « Tout cela sera bientôt révolu. »
Il s’appuie sur l’exemple de la bibliothèque calédonienne dont le fonds compte plus de 100 000 livres. « Par exemple, il reste difficile aujourd’hui de savoir s’il manque ou non des tomes dans les séries et collections car les ouvrages sont en mouvement. » L’IA pourra s’en charger en un temps record. « Elle pourra aussi effectuer un profilage positif des usagers pour que les achats répondent au mieux à leurs attentes, elle sera en mesure d’infléchir la politique documentaire d’un établissement. » L’IA apportera une meilleure pertinence des fonds.
Pour autant, malgré la toute-puissance de l’outil, le contact humain restera indispensable. « Je ne place pas l’IA au-dessus de tout, j’ai conscience de ses risques et de ses limites. » Les bibliothécaires dans ce contexte pourront se concentrer sur des projets d’intérêt comme par exemple l’éducation à l’information en embrassant ainsi toute la dimension citoyenne de leurs missions. « Mais il faut agir vite ! »
L’IA est arrivée il y a deux ans à peu près, son évolution est spectaculaire, sa vitesse d’expansion sans limite. Pour poser les cadres de son utilisation, les bibliothèques ont un rôle majeur à jouer. Elles sont des carrefours, des lieux accessibles au plus grand nombre pour apprendre, comprendre, nourrir sa pensée, raisonner, s’épanouir, échanger… En d’autres termes pour rester libre malgré les menaces.
Habitué du salon, Christophe Augias se réjouit de revenir à Papeete après six années d’absence, il participera a de précieux et salutaires échanges.
Véronique Massenot : « Les mots sont des joyaux, les langues de vrais trésors »
Autrice et illustratrice jeunesse, Véronique Massenot se plaît à transmettre. Elle ira à la rencontre des classes de Tahiti, Moorea et Hiva Oa pour partager sa passion de l’écriture avec les enfants. Si ses histoires abordent souvent la complexité du monde et la difficulté d’y trouver sa juste place, elles cherchent avant tout le plaisir du lecteur et son appétit pour les beaux albums.
Pendant le salon, Véronique Massenot présentera des albums accessibles aux plus jeunes, parfois même les bébés comme « Bonjour Trésor » et « Bonne nuit Trésor » deux tout-carton qu’elle a conçus de A à Z aux éditions HongFei. « Il était une fois… la traversée », toujours chez HongFei, met en scène des animaux qui s’entraident et «
Les fabuleux Jardins du Docteur Pic-Pic » un hérisson qui soignent en prescrivant des séjours « au vert » – un prétexte pour « visiter » de vrais jardins ! « C’est le principe de la collection « Pont des Arts » des éditions de L’Élan Vert pour laquelle j’écris beaucoup : faire découvrir un lieu, une œuvre, un artiste… par la « magie » de la fiction. » Ainsi avec « Des Pinceaux pour Frida » ou « La Grande Vague » le lecteur plongera aussi dans l’univers de Frida Kahlo ou Hokusai !
Véronique Massenot ira à la rencontre des classes. « Lors de ces rencontres, comme d’une manière générale je crois, j’aime transmettre et partager que ce soit un message, un savoir-faire, ma passion ou mon insatiable curiosité ! » Véronique Massenot a grandi dans une famille d’enseignants pour laquelle la culture est vue comme une richesse qui se multiplie en se partageant. « Les mots sont des joyaux et les langues de vrais trésors, à cultiver pour dire toute la subtilité, toute la complexité du monde et pouvoir y trouver sa place… Si je m’adapte à l’âge de mes lecteurs, je les prends toujours au sérieux. Moi moins, enfin je l’espère ! » Des échanges, elle ressort « rechargée à bloc ». Elle ajoute : « le métier d’auteur est un peu solitaire et si l’on a peu de contact avec ses lecteurs, on perd parfois sa motivation première. Alors, quand les enfants commentent et questionnent notre travail, quel bonheur, quelle force redonnée – j’adore ! »
L’autrice, à propos du thème, se dit « touchée » et « peut-être plus que vous ne l’imaginez ». Elle écrit pour la jeunesse depuis ses 25 ans, elle en a aujourd’hui 55. « Je me pose donc cette question à titre personnel. Et après… est-ce que je continue d’écrire, d’illustrer, de créer ? Est-ce que les enfants de demain liront encore des livres avec plaisir ? Et si oui, est-ce que le monde le leur permettra toujours de le faire ? » Elle espère vivement que la réponse sera positive bien sûr. « Alors, j’essaie d’y travailler, à ma petite mesure… comme l’équipe enthousiaste de ce super Salon ! »
Jean-Michel Billioud : « J’ai toujours été d’une insatiable curiosité »
Il est l’un des auteurs jeunesse invité sur le salon qui ira à la rencontre des scolaires. Jean-Michel Billioud, auteur de documentaires, espère faire comprendre à son jeune public que le savoir et les connaissances sont essentielles pour grandir en toute liberté.
« J’ai toujours été d’une insatiable curiosité, dans de nombreux domaines et particulièrement dans celui des récits biographiques que je dévorais adolescent. » Né dans une famille d’historiens, il a souhaité se démarquer. Il s’est spécialisé dans le journalisme et l’histoire du sport. Il a étudié à l’Institut français de presse et à l’École des hautes études en sciences sociales.
Après une première vie dans la presse écrite, il a bifurqué vers l’édition en rédigeant des livres d’histoire comme auteur ou collaborateur avant de trouver pleinement sa voie dans l’édition jeunesse. Il a écrit de nombreux documentaires, ainsi qu’une vingtaine de fictions et albums. Par exemple, il est l’auteur de « Où habiter demain ? », « Comprendre les migrations climatiques » chez Casterman Jeunesse, « Sport, 40 champions olympiques » et « Nelly Bly » chez Gallimard jeunesse ou encore « Lebron James » chez Albin Michel. Autant d’ouvrages qu’il présentera au salon du livre.
Entre autres thèmes de prédilection, il affectionne bien sûr le sport et l’histoire, mais aussi la culture et l’écologie. Il cherche, par l’intermédiaire de ses ouvrages, à expliquer le plus simplement possible et à sortir de l’oubli ce que le temps veut effacer.
« Dans la vie comme dans l’écriture, j’ai toujours un grand plaisir à discuter ou débattre avec les enfants et les adolescents. Probablement parce que j’ai eu une grande difficulté dans mon enfance et adolescence à établir ce lien, à recevoir des enseignements, des informations, des conseils. » Il s’interroge : « Écrire pour ce public, c’est probablement m’adresser à l’ado que j’étais ? »
Dans son métier spécifique d’auteur de documentaires son seul objectif est « de faire comprendre que le savoir, la culture, la connaissance permettent de construire son identité, de se forger des opinions fiables, de grandir ». Il s’y attèlera évidemment lors des rencontres polynésiennes.
En écho au thème du salon, il regrette la vitesse à laquelle le temps passe, « bien trop vite à mon goût » mais surtout, il prend la mesure de ce que ces années passées lui ont apportées. « J’ai conscience que ces 25 ans ont été d’une générosité infinie pour moi, dans ma vie personnelle, mais aussi à travers la richesse des sujets que j’ai eu la chance d’aborder dans mes livres. Je signe pour vivre autant de belles aventures ces prochaines années et ce séjour polynésien en est une première étape extraordinaire. »
Emy Viale-Dufour, raconteur d’histoires
Il a déjà publié plusieurs ouvrages édités en métropole et en Polynésie. Il vient de signer un livre dont le héros s’inscrit dans des événements historiques. Il revient sur la vie d’un roi oublié, d’un roi maudit pour avoir voulu s’opposer aux idées nouvelles que les hommes à la peau brûlée ont apportées. Il raconte la vie « fictive » de Upafara.
Il est d’un temps lointain où n’existaient ni télévision ni Internet. Emy Viale-Dufour, né en 1943 à Papeete « sous les signes de la chèvre et du poisson », précise-t-il, est le fils de Nora Nimau et de Georges Viale de la famille des petits chefs de la Roche, sur l’île de Maré en Nouvelle-Calédonie. Il a été adopté par Emile Dufour et a grandi dans le quartier de Fa’aripiti-Taunoa. Enfant il était « coureur de lune, rêveur d’étoiles, écouteur de vent ». Il a attrapé très tôt « le virus des contes, des récits et des histoires qui se racontent autour des feux. Fouilleur de bibliothèques et ramasseur d’anecdotes, il est devenu raconteur d’histoires ».
Étudiant à Aix-en-Provence il a publié un premier ouvrage chez Nathan en 1962 intitulé « Contes et légendes de Tahiti et des mers du Sud ». De retour à Tahiti il a publié « Histoires de Tupapa’u » (la Dépêche, 1965-70), « Big bisous de Tahiti », un feuilleton paru dans le quotidien Les Nouvelles de Tahiti (1973-75) puis, plus récemment, « Histoires et légendes des temps anciens » chez Au Vent des îles (2012) et « Hiti l’enfant de l’horizon » aux Mers Australes (2013).
Son petit dernier, « Opuhara, le roi oublié » chez ‘Ura éditions relève du livre historique, même s’il paraît difficile de le qualifier ainsi dans un pays « qui n’a pas d’archives et dont les souvenirs se contredisent souvent ! » L’auteur s’appuie sur la proposition de l’historienne Françoise Chandernagor (Les enfants d’Adrien) qui propose une issue : prendre des événements historiques et y mettre le héros. « C’est donc à travers des événements racontés, authentifiés par différents auteurs connus que la vie « fictive » de Upufara est ici racontée. »
Ces personnages clé d’une période difficile (XVIIIe) où les croyances ancestrales établies qui mènent la société se heurtent à des idées nouvelles « qui viennent on ne sait pas d’où pour apporter on ne sait quoi ».
Opuhara réagit « là où Pomaré voit des alliés, lui il voit des ennemis. Pas contre lui seul, mais contre un peuple, contre les croyances ancestrales de ce peuple, contre une civilisation toute entière. Pour chasser les idées, il n’a que les armes. Et c’est une arme qui va mettre fin au conflit. L’histoire est finie. Mais la mémoire doit rester… »
Jenny Pradines : « les albums jeunesse sont d’une richesse incroyable »
Elle est l’auteure d’albums pour des enfants dès leur plus jeune âge. Jenny Pradines, qui a déjà travaillé avec plusieurs illustrateurs locaux ou métropolitains et deux éditeurs du territoire, signe un nouvel opus. Il s’agit de « Tamata le petit aventurier de Tahaa » qui raconte les aventures d’un bernard-l’hermite.
Le dernier né de Jenny Pradines s’appelle « Tamata le petit aventurier de Tahaa ». Édité par les Mers Australes dans la collection Moana, il est illustré par Sébastien Chebret qui a choisi un univers coloré aux teintes douces.
L’auteure détaille : « C’est l’histoire d’un bernard-l’hermite qui n’est plus heureux dans sa coquille. » Le crustacé va donc se mettre en quête d’un nouveau fare. Son aventure semée d’embûches permet d’aborder diverses thématiques comme le respect de l’environnement ou la solidarité. « Il est aussi question de désir de découverte et des dangers associés. C’est une histoire amusante, qui fera rire les enfants. »
Jenny Pradines est née à Toulouse. Elle est arrivée en Polynésie à l’âge de 9 ans après deux escales, l’une au Sénégal et l’autre en Guyane. Elle a grandi sur un voilier à Raiatea avant de s’installer à Moorea comme enseignante. « Les enfants avec qui je travaille m’inspirent. J’ai toujours une pensée pour eux quand j’écris. J’aimerais leur donner davantage envie de lire et d’être curieux du monde qui les entoure en inventant des histoires qui font rêver, tantôt drôles, tantôt émouvantes, parfois effrayantes. » Sur son île, elle profite de ses moments de détente sur les plages pour écrire. « La richesse du lagon, la beauté de nos îles m’inspirent eux aussi. »
À titre personnel, elle a toujours beaucoup aimé lire. Par le biais de son activité professionnelle, elle s’est mise à apprécier les albums jeunesse, « ils sont d’une richesse incroyable ». Un jour, avec une amie, elle a osé contacter une maison d’édition pour proposer son texte. Et c’est ainsi qu’en 2017, elle a publié aux éditions Au vent des îles son premier livre « Au loup ! ». L’aventure d’écriture s’est poursuivie avec « Tāura – Matariki et le mystère des tiki » (2019), co-écrit avec son amie Camille Coldrey. Enfin, avec les Mers Australes, elle a signé « Vana le petit oursin de Moorea » (2021), puis « Toru » (2022).
Et demain ? « J’ai plusieurs histoires dans mes tiroirs et quelques-unes encore en tête qui attendent de prendre vie sur le papier. » En ce moment, elle écrit beaucoup sur les oiseaux de Polynésie, « la passion de mon fils de 11 ans » ! Si elle s’est jusqu’alors adressée aux jeunes enfants, elle espère passer un jour aux romans jeunesse, pour les plus grands. Et puis, elle dessine, « je rêve de pouvoir illustrer un de mes textes dans les années qui viennent ».
Lucien Montaggioni, une vie au service des récifs
Professeur émérite de Géosciences à l’université d’Aix-Marseille, Lucien Montaggioni est un spécialiste des récifs coralliens sur lesquels il travaille depuis une cinquantaine d’années. Il met son savoir à disposition des professionnels et du grand public grâce à un ouvrage à paraître au « Au Vent des îles ».
Bien qu’il ait atteint un « âge canonique », il n’a pas dit son dernier mot. Lucien Montaggioni est toujours sur le terrain pour comprendre l’histoire des récifs coralliens. Il fait, cette année, un point d’étape sur ses recherches en signant un ouvrage intitulé « Îles, récifs et motu » et illustré avec des clichés du photographe naturaliste Philippe Bachet. Ce livre, auquel l’anthropologue Fréderic Torrente a apporté sa contribution, traite de la formation des îles volcaniques et des récifs coralliens « car l’un ne va pas sans l’autre », affirme l’auteur. Il ouvre également des discussions sur l’avenir dans un contexte de changement climatique. Les motu et atolls sont les premiers à souffrir de l’élévation du niveau de la mer et du renforcement de la force des cyclones.
Mais avant de se plonger dans l’avenir, voyons le passé. La carrière de Lucien Montaggioni a démarré en 1967 au Centre Universitaire de l’Île de La Réunion où, en tant qu’enseignant-chercheur, il a préparé sa thèse de doctorat sur la formation des récifs de l’Océan Indien (Réunion, Maurice, Rodrigues). « Je m’y suis retrouvé un peu par hasard », raconte-t-il. La soutenance de cette thèse a eu lieu en 1978 à l’université d’Aix-Marseille.
En 1981, Lucien Montaggioni a répondu à un premier appel de Bernard Salvat. Biologiste spécialiste des récifs coralliens, auteur de très nombreuses publications scientifiques et de plusieurs ouvrages, Bernard Salvat a fondé, en 1971, le Centre de recherche insulaire et observatoire de l’environnement (Criobe). Il a sollicité Lucien Montaggioni qui s’est alors intéressé à Makatea en particulier et à la Polynésie française en général pendant une dizaine d’années. Puis, Lucien Montaggioni a élargi son champ d’investigation travaillant ensuite en Nouvelle-Calédonie, en Australie ou encore en Mer Rouge.
Nommé Professeur à Marseille en 1988, retraité depuis 2011, l’enseignant-chercheur poursuit ses travaux en qualité de Professeur Émérite. Il a été rappelé en Polynésie par Bernard Salvat en 2016-2017 ainsi qu’en 2021. Ce sont toutes les connaissances, l’expérience et tout le savoir d’un homme ayant consacré sa vie aux récifs qui seront offerts dans cet ouvrage. Lequel est à la fois destiné aux enseignants et amateurs éclairés « car il explore des champs techniques » et au grand public « grâce aux très nombreuses, et très belles images insérées ».
Retour dans Tahiti du Protectorat avec Raanui Daunassans
Petit-fils d’Ernest Salmon, le dernier enfant de la reine Marau, Raanui Daunassans est l’héritier d’une prestigieuse lignée qu’il éclaire pour mieux comprendre le Tahiti d’avant. Grâce à lui, un ouvrage sur Alexander Salmon et sa femme Ariitaimai a été réédité tandis qu’il travaille sur une nouvelle version des Mémoires de Marau Taaroa.
C’est une édition « revue et augmentée de quelques photos » du titre « Alexander Salmon (1820-1866) et sa femme Ariitaimai (1821-1897) Deux figures de Tahiti à l’époque du Protectorat » qui a été rééditée par la Société des études océaniennes (SEO) fin 2024. La première édition datant de 1964.
Né en 1956 à Nice, Raanui Daunassans est l’héritier d’une lignée prestigieuse. Il est le petit-fils d’Ernest Salmon, dernier enfant de la reine Marau. Après une carrière d’enseignant, il s’est consacré à la préservation de son patrimoine familial, héritant d’une importante collection d’artefacts, d’objets d’art et de manuscrits historiques. En 2019, dans l’appartement de la princesse Takau à Nice, il a mis la main par le plus grand des hasards, sur le précieux manuscrit des « Souvenirs de Marau Taaroa ». Lequel a permis la parution de « Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti, Souvenirs recueillis par sa fille, la princesse Arrimanihinihi Takau Pomare-Vedel » chez Au Vent des îles en 2024.
Ce livre est attendu. Il apporte un éclairage nécessaire à cette période trouble du Protectorat et de la Guerre Franco-Tahitienne. « Parmi les personnages qui, à des titres divers jouèrent un rôle de quelque importance à Tahiti à l’époque du Protectorat, il n’en est peut-être pas qui méritent autant de retenir l’attention qu’Alexandre Salmon. L’homme apparaît, aujourd’hui, comme l’un des plus représentatifs de ce temps », est-il rédigé dans ses pages.
Ce n’est pas tout. Le titre « Les Mémoires de Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti », édité par la Société des océanistes en 1971, est lui aussi en cours de réédition. Il devrait paraître cette fin d’année grâce à Raanui Daunassans et la SEO. Le premier a revu et augmenté le texte, il l’a éclairé d’indispensables explications et de planches généalogiques remontant à Taaroa Nui Tahi Tumu, la seconde s’est occupée de l’édition. À propos de cet ouvrage, l’héritier commente : « il est vrai que le texte, à la base, est assez hermétique. Il y a beaucoup de généalogie et quand on n’est pas de la famille, ce n’est pas facile de s’y retrouver. Et puis, il y a toute une théocratie et manière de fonctionner différente à comprendre ». Raanui Daunassans est le dernier à avoir connu Takau, « c’est elle qui m’a élevé. Je connais très bien toutes ces histoires ». Il a ajouté de nombreuses notes en bas de page pour rendre la lecture plus accessible et de nombreuses illustrations ont été ajoutées. L’ouvrage passera de 295 à 400 pages.
Russell Soaba : « Un projet différent se dessine pour l’ensemble du Pacifique »
Russell Soaba, auteur papou, professeur de littérature dans son pays, a déjà signé de nombreux romans, des nouvelles ou bien encore des poèmes. Ses écrits collectent, archivent et font durer sa culture orale. Premier lauréat de la résidence d’écriture de l’Association des éditeurs de Tahiti et ses îles, il s’est remis à écrire en 2022.
Il trouve le thème du salon 2025 tout à la fois « passionnant » et « stimulant ». Car, « l’Océanie a quelque chose que le monde entier devrait connaître. Elle est plus vaste que l’Europe, me dit-on, et c’est plus qu’une simple remarque géographique. » Russell Soaba se réfère aux paroles d’Albert Wendt et d’Epeli Hau’ofa, « on sent qu’un projet différent se dessine pour l’ensemble du Pacifique ». « Il y a des gens qui y vivent. Chacun représente une communauté. Et cette communauté a une âme, pour ainsi dire. La littérature nous permet de découvrir cette âme. Nous sommes tous là pour cela. »
Pour lui, ce qui se passera après et ce qui adviendra demain est une question importante à considérer. « Dans mon pays, la littérature écrite, ou ce qui a été écrit et ce qui est écrit, n’a pas encore mûri et n’est pas encore suffisamment lu dans le monde entier », même si les éditeurs locaux font leur part. « Le plus triste c’est que peu de gens, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, prennent l’écriture et la littérature au sérieux. » Nos quelques rares auteurs tiennent bon pour « le bénéfice de ceux qui veulent apprendre avec nous » et pour « nous aider à préserver notre culture sous forme de livre en espérant que les générations futures regarderont en arrière et deviendront sages de cette façon ».
Russell Soaba est un auteur qui a déjà signé de nombreux romans, des nouvelles ou bien encore des poèmes avant de faire une pause. « J’ai failli abandonner en raison d’autres engagements », avoue-t-il. La résidence d’écriture de l’Association des éditeurs de Tahiti et des îles dont il a été le premier lauréat océanien l’a remis en selle. « Une véritable révélation. » Aux Marquises, où il a séjourné pendant un mois, il a été « profondément inspiré » par ce qu’il y a vu et appris.
Il a relu certains de ses textes déjà rédigés se demandant comment les améliorer en vue d’une publication. Accompagné par la traductrice Mireille Vignol il s’est senti « entre de bonnes mains ». Et c’est ainsi qu’est né « Drôle d’oiseau », un recueil de douze nouvelles parues chez Au Vent des îles en début d’année. L’ouvrage, que Russell Soaba présentera au salon, est imprégné de la Terre des hommes et de l’élan offert aux auteurs par l’association. « J’ai accepté cette résidence afin de faire connaître à tous les habitants du Pacifique les formidables programmes proposés aux écrivains ». Russell Soaba, professeur, auteur est aussi un guide.
Nilima Rao, en écrivant, explore ses origines
Née aux Fidji, Nilima Rao qui a aussi des origines indiennes, a grandi en Australie où elle est désormais installée après avoir vécu aux États-Unis et au Royaume-Uni. Cette jeune auteure -son premier roman est sorti en 2023-, voyageuse aguerrie, va saisir l’occasion de la résidence pour aiguiser le texte de son 3e ouvrage.
Elle a quitté les îles Fidji à l’âge de trois ans, laissant là sa terre natale et ses origines indiennes et fidjiennes. Elle a grandi dans le nord du Queensland (Australie) puis a beaucoup voyagé pour des raisons professionnelles. Elle a vécu huit ans aux États-Unis et deux ans au Royaume-Uni.
À son retour en Australie, elle s’est rendue à Sydney et à Brisbane où elle a de la famille. « Ces villes me semblaient donc tout indiquées, mais je ne me suis jamais vraiment installée. Je me suis vraiment sentie comme chez moi à mon arrivée à Melbourne en 2017. » C’est là qu’elle a posé ses bagages et publié son premier roman.
« Mon écriture m’a permis d’explorer mes origines. J’ai grandi en Australie, quelque peu détachée de mes origines indiennes fidjiennes, essayant de m’intégrer à la culture de mon pays d’adoption. » Des années plus tard, en suivant des cours d’écriture, l’idée d’écrire un roman se déroulant dans les Fidji coloniales lui est venue.
Elle a commencé à faire des recherches sur le vécu des Indiens partis travailler aux Fidji comme travailleurs sous contrat, principalement dans les plantations de canne à sucre. « Une histoire que je connaissais peu, même en tant que descendante de ces peuples. » Elle a réalisé qu’elle voulait écrire « quelque chose qui donnerait vie à cette histoire pour un public plus large ». Ainsi, les touristes qui se rendent aux Fidji peuvent désormais lire un roman policier amusant sur la plage, tout en découvrant l’histoire du lieu qu’ils visitent.
Elle a entendu parler de la résidence d’écriture sur un groupe Facebook d’écrivains australiens. « Comme mes livres se déroulent aux Fidji, pays voisin de la Polynésie française, et qu’un éditeur tahitien traduit mon premier livre en français, j’ai pensé que c’était la solution idéale ! » Sa destination reste à préciser, mais ce qui est sûr c’est qu’elle saisira l’occasion pour travailler sur la deuxième version de son troisième roman.
Nilima Rao a déjà signé deux romans « A disapearance in Fiji » en 2023 et « A Shipwreck in Fiji » quelques années plus tard. Ils suivent les aventures du Sergent Akal Singh qui se déroulent dans les Fidji coloniales. Ce nouvel opus explore la question que les travailleurs indiens sous contrat ont dû résoudre après dix ans dans la colonie : rester aux Fidji ou rentrer chez eux en Inde ?
« J’ai hâte de consacrer du temps à l’écriture pendant la résidence, loin des distractions du quotidien », conclue-t-elle. « Je suis également impatiente de rencontrer des écrivains locaux et de m’immerger dans la communauté littéraire de Polynésie française. »
Wardley Barry, lecteur passionné, poète inspiré
Il a postulé pour la première fois à la résidence d’écriture en 2024, mais sans succès. La deuxième tentative de Wardley Barry, en 2025, a retenu l’attention du jury. Il espère mieux comprendre la poésie, perfectionner son art et, à terme, publier un livre.
Le village de Wardley Barry, Yagusa, est situé dans le district d’Okapa, dans les Hautes Terres orientales de Papouasie-Nouvelle-Guinée. « C’est aussi là que je réside actuellement », explique-t-il. Il a découvert la résidence d’écriture en ligne en 2024. « J’ai soumis une première proposition, mais je n’ai pas été retenu. J’ai la chance d’avoir été accepté cette année et j’ai hâte d’apprendre, d’écrire et de partager mon projet passionnant avec un nouveau public. » Il participera à cette aventure en tant que poète, travaillant sur son deuxième recueil de poèmes.
Il prévoit de passer du temps à Moorea et aux Îles Sous-le-Vent. « J’ai choisi les Îles Sous-le-Vent pour leur nom car c’est l’équivalent phonétique de mon nom à l’envers. » Durant cette résidence, il espère en apprendre davantage sur la culture et les habitants, et mieux intégrer les idées, les histoires et les croyances locales à son travail. « Cela ne devrait pas être un défi majeur, car, grâce à nos liens maritimes, je suis convaincu qu’il y aura des similitudes dans nos façons de faire. »
Il a découvert la poésie à l’école primaire, s’intéressant aux formes fixes grâce au Recueil de cantiques adventistes du septième jour. La plupart des cantiques étaient écrits avec un rythme et des rimes fixes. « Après avoir assimilé ce modèle, c’est devenu une obsession. Cette obsession s’est transformée en passion pour la poésie. J’ai toujours écrit, la plume étant une thérapie et un refuge. »
Le poète est également un lecteur assidu. Très tôt, il s’est plongé dans les œuvres de Shakespeare et d’autres poètes populaires. Son préféré ? John Donne, « pour sa poésie profonde et métaphysique ». Il s’inspire également des poètes locaux Russell Soaba et Steven Winduo, ainsi que de l’éminent philosophe papouan-néo-guinéen Bernard Narokobi.
Il a déjà écrit « ABC Dreams », un recueil de poèmes qui explore les formes figées et la poésie brute. Ce recueil contient le poème primé « Paradeigmania ». Son projet en cours, « Four Turtles Deep », rassemble des poèmes décrivant la relation d’un Mélanésien, et plus généralement d’un insulaire du Pacifique, aux notions de soi (identité), d’autre (romance), d’esprits (religion) et de société (communauté locale et mondiale).
Le livre se concentre sur l’identité culturelle et la préservation de la langue, les pratiques passées et les tendances contemporaines. Ces sujets – tout ce qui touche à l’anthropologie, la philosophie, l’histoire du Pacifique et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la linguistique, la religion, la politique et la justice sociale – ont naturellement éveillé son intérêt ces derniers temps. Il s’intéresse également beaucoup à la mythologie grecque et au romantisme.
Il a hâte de participer au Salon du livre et de venir en Polynésie. « Je veux savourer cette expérience, peaufiner et améliorer mon art, et accomplir autant de travail que possible pour pouvoir le conserver. »